On fut frappé de constater que dans les nombreuses cavernes où vivait l’ancêtre de l’homme, on a trouvé plus de restes crâniens que d’autres os humains.

Le cadavre capturé n’était traîné dans les habitations que lorsque les circonstances le permettaient. La consommation du corps était exceptionnelle. Dans ce cas, on appréciait manifestement aussi la moelle des os, car ces derniers étaient la plupart du temps brisés.

Tous les chercheurs confirmeront que presque tous les crânes, vieux de plus de cinquante millénaires, qui ont été trouvés jusqu’ici, ont été mangés, les crânes vieux de 300 000 ans et plus ont tous été cannibalisés à l’exception de ceux pour lesquels on a pu constater avec certitude que la mort avait pour origine un glissement de terrain ou la noyade, auquel cas le cadavre n’était accessible à personne.

Les découvertes montrent aussi que les crânes humains de tout âge et de tout sexe étaient l’objet de cannibalisme. Certains signes montrent même que, dans maintes régions, l’on consommait le crâne de personnes décédées de façon naturelle et même de membres de la famille, par exemple, chez les sinanthropes ancêtres des Chinois.

Les résultats des fouilles montrent jusqu’ici de façon certaine que le cannibalisme a débuté en même temps que le processus d’hominisation, ni plus tôt ni plus tard. On démontre aussi que dans toutes les régions habitées, toutes les races humaines et leurs ancêtres simiesques étaient cannibales.

Les découvertes montrent cependant que le cannibalisme lui-même était encore pratiqué sur le continent eurasien, jusqu’à il y a 4000 ans, mais de plus en plus rarement.

On détecte même quelques cas de cannibalisme en Europe occidentale jusqu’en 1800 après Jésus-Christ et, dans les Balkans, jusqu’au siècle dernier.

À Malacca, Bornéo, en Indonésie, aux îles Philippines, en Nouvelle-Guinée, en Afrique centrale et chez les Amérindiens du Sud, on pratique encore en secret le cannibalisme. Partout où les indigènes vivent isolés, à l’écart d’autres civilisations, comme dans quelques régions de Nouvelle-Guinée et dans les forêts d’Amérique de Sud, le cannibalisme se pratique librement et ouvertement. Les explorateurs pénétrant éventuellement dans ces régions ne sont pas dépossédés de leurs biens, mais de leurs têtes, alors que les corps des défunts sont en général rejetés.

Si les théories scientifiques sur le cannibalisme divergent, elles ont un point commun, à savoir qu’elles ne sont pas plus acceptables que les théories, admises jusqu’ici, sur la provenance de l’homme. La plupart de ces théories évitent soigneusement de considérer le cannibalisme.

Pourquoi ? Parce que le cannibalisme a provoqué dans l’inconscient de l’homme un sentiment de culpabilité, qui s’est transmis à tous ses descendants. Sous la pression de ce sentiment de culpabilité inconscient, l’homme fuit instinctivement devant ce phénomène et ne veut voir à aucun prix de relation entre son évolution et le cannibalisme.

Les rares personnes qui s’occupent de cannibalisme prétendent, la plupart du temps, que ce phénomène est déclenché par la faim. Ces « scientifiques » supposent donc que tous les animaux de la terre étaient assez intelligents pour se nourrir comme d’habitude en cas de nécessité, et que seul l’homme, le plus intelligent, n’en était pas capable. Ils parlent même d’époques de disette périodiques et même continues sur toute la terre et supposent que nos ancêtres végétariens ne trouvaient pas de plantes, pas de fruits et pas d’animaux non plus. Ils ne trouvaient que leurs propres congénères que la faim les obligeait à tuer et à dévorer.

Pourquoi les autres singes végétariens et les autres herbivores n’ont-ils pas été touchés par ces disettes et pourquoi ne se sont-ils pas mangés mutuellement ? Pourquoi les zèbres n’ont-ils pas mangé de zèbres, ni les éléphants des éléphants ? Serait-ce que ces animaux ont pu se retirer là où il y avait encore des fruits et des plantes ? Pourquoi nos ancêtres n’ont-ils pas aussi émigré là-bas ? N’étaient-ils pas assez intelligents ? Et la disette a-t-elle duré un million d’années pour former cette chaîne ininterrompue de crânes cannibalisés ?

Dans les cavernes habitées de la préhistoire, on a trouvé un grand nombre de restes osseux d’animaux différents, du rat jusqu’à l’ours, alors que les os humains, qui étaient en général des restes de crâne, représentaient tout au plus deux pour cent. Ces deux pour cent ne peuvent expliquer la raison de ce cannibalisme universel destiné à éviter à ceux qui le pratiquaient de mourir de faim. Les savants devraient, eux aussi, s’en rendre compte.

Ces théories ne réussissent pas non plus à expliquer pourquoi à Bornéo, et en Nouvelle-Guinée, les hommes font encore aujourd’hui la chasse à l’homme, au milieu d’une nature luxuriante et giboyeuse. Elles expliquent encore moins pourquoi, il y a un million d’années, ainsi que maintenant, les cannibales soi-disant affamés ont en général négligé la chair du corps pour ne consommer que le cerveau.

Un groupe de scientifiques, jouissant de la plus grande considération, tient le cannibalisme pour le rite superstitieux et absurde d’une foi religieuse primitive. Ces savants ont élaboré cette théorie sans en avoir jamais parlé avec un cannibale.

Comme toutes les races humaines sans exception étaient cannibales, dans toutes les régions et à toutes les époques, il faudrait en conclure que toute l’humanité n’a eu pendant de nombreuses centaines d’années, qu’une seule religion fondée sur une superstition absurde. En d’autres termes, si Lao-Tseu, Bouddha, Jésus-Christ, Mahomet et tous les autres fondateurs de religions n’ont pas réussi à donner à l’humanité une religion universelle, un singe y est parvenu il y a un million d’années. Et cette superstition absurde liée à autant de meurtres, de souffrances, et mettant ses adeptes en danger d’être eux-mêmes dévorés, aurait été assez valable et séduisante pour prospérer plus d’un million d’années et se maintenir encore aujourd’hui dans de nombreuses contrées.

Ce genre de théorie religieuse ne peut naître que dans la tête d’idiots congénitaux, qui n’ont pas remarqué qu’à Bornéo, aux Philippines, en Nouvelle-Guinée et en Amérique du Sud, les diverses races encore cannibales aujourd’hui sont adeptes de religions différentes et qu’elles mangent cependant les hommes, comme l’ont fait auparavant toutes les races humaines.

À moins qu’on ne veuille prétendre qu’il existait bien des milliers de religions mais que celles-ci ont un point en commun : le meurtre continu, absurde et gratuit pratiqué sur des congénères, et se terminant par la consommation du cerveau.

À suivre Les crânes vides (3)