Réminiscence d'une vie antérieure, contact avec des défunts ou vision du passé ?

Voici le cas, choisi parmi des dizaines de faits analogues, "du syndic Chaumontet et du curé Burnier" où, comme le dit justement le professeur genevois Flournoy qui le rapporte dans son magistral ouvrage Des Indes à la planète Mars, les deux hypothèses, l'une qui explique le fait par la clairvoyance et l'autre qui implique l'idée de survie "subsistent l'une en face de l'autre, immobiles comme deux chiens de faïence se faisant les gros yeux."

Dans une séance ayant lieu à Genève au domicile du professeur Flournoy, Mlle Smith (sujet remarquable), étudiée depuis plusieurs années déjà par le professeur, a, en somnambulisme, la vision d'un village sur une hauteur couverte de vignes. Par un chemin pierreux, elle en voit descendre un petit vieux qui, dit-elle, "a l'air d'un demi-monsieur". Un paysan en blouse qu'il rencontre lui fait des courbettes comme à un personnage important; ils parlent patois de sorte que Mlle Smith ne les comprend pas. Bientôt, le paysage s'efface et le petit vieux cherche à se saisir de la main de Mlle Smith pour la faire écrire. "Vous me serrez trop la main, dit-elle à l'être imaginaire, vous me faites mal, ne serrez pas si fort." À ce moment, elle trace d'une écriture inconnue, tout à fait différente de la sienne : Chaumontet Syndic. Puis la vision du village revient, et, sur un poteau indicateur, elle lit : Chessenaz. Sur le conseil du professeur Flournoy, elle demande au petit vieux à quelle époque il était syndic. Il répond : "1830", mais il est impossible d'en tirer davantage.

Revenue à son état normal, Mlle Smith affirme n'avoir jamais entendu parler ni de Chaumontet ni de Chessenaz situé en Haute-Savoie et à 26 km environ de Genève.

Quinze jours plus tard, Mlle Smith voit reparaître la même vision, le village et le syndic, mais elle remarque que celui-ci est accompagné d'un curé qu'il appelle, avec un certain accent italien, "mon cher ami Bournier".

À la séance suivante, le curé s'empare de la main de Mlle Smith, et, comme l'avait fait le syndic, écrit : Burnier salut. Le professeur Flournoy ayant, à une autre séance, exprimé des doutes sur l'authenticité du prêtre, la mystérieuse enttié fournit, par le truchement du médium, cette attestation en bonne et due forme : Ce 21 de mai, je certifie à tous ceux à qui la connaissance appartient que je suis Burnier, curé de Chessenaz.

"Le moment était venu, souligne Flournoy, d'éclairer la chose. J'écrivis à tout hasard à la mairie de Chessenaz. Le maire, M. Saunier, eut l'extrême obligeance de me répondre sans retard : "Pendant les années 1838-39, le syndic de Chessenaz était un Chaumontet Jean dont je retrouve la signature en divers documents de cette époque. Nous avons eu aussi pour curé M. Burnier André, de novembre 1824 jusqu'en février 1841; pendant cette période, tous les actes de naissances, mariages et décès, tenus alors par les ecclésiastiques, portent sa signature. Mais je viens de découvrir dans nos archives un titre revêtu de deux signatures, celle du syndic Chaumontet et celle du curé Burnier. C'est un mandat de payement; je me fais un plaisir de vous le transmettre."

Ainsi qu'on pouvait le constater, la comparaison des signatures authentiques avec celles obtenues automatiquement par Mlle Smith faisait apparaître une similitude remarquable.

Aussi, en présence d'un tel cas, on peut légitimement se demander : le médium a-t-il eu vraiment la main sinon guidée (comme il le prétend), du moins influencée par les désincarnés Chaumontet et Burnier, ou bien, est-il allé, grâce à sa lucidité, puiser l'image des signatures dans les archives de Chessenaz ?

Robert Tocquet, Le bilan du surnaturel

Personnellement, je pencherais pour la seconde hypothèse. Je suis persuadée que Mlle Smith, dans cet état modifié de conscience qu'on appelait alors le somnambulisme, est allée puiser l'information dans les archives de la mairie. 

Et je ne crois pas non plus qu'elle a eu affaire à des défunts. Elle a fait un voyage dans le temps, c'est-à-dire que son subconscient s'est projeté mentalement à cet endroit précis et à une certaine époque. Les sujets hypnotisés peuvent le faire pour ce qui concerne l'instant présent, et ils le peuvent aussi pour le passé, et le futur. Leurs facultés métapsychiques étant décuplées, ils sont capables de prouesses mentales, et intellectuelles, stupéfiantes.