Un vaste folklore et la croyance en un peuple très primitif ayant des mœurs révoltantes se retrouvent de la Californie du Nord jusqu’aux terres arctiques elles-mêmes. Cette tradition couvre non seulement toute l’étendue de la côte du Pacifique mais aussi une grande partie des régions accidentées de l’est des États-Unis, et va même jusque dans le Groenland. Généralement, ces sous-hominiens sont décrits comme très grands, entièrement couverts de poils et farouches. On les dit parfois carnivores.

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Avant d’étudier cette tradition, il convient de faire mention du folklore de l’Asie du Nord-Est. Vladimir Bogoras, dans Le Folklore de l’Asie du Nord-Est comparé à celui de l’Amérique du Nord-Ouest, rencontre, chez les Chuckchee, deux mots : kele, mauvais esprit, et kele, tribus des temps anciens ou cannibales. Aucune distinction bien définie ne peut être trouvée entre ces deux termes. Cependant, Bogoras remarque qu’entre les mots employés par les Eskimos du Nord de l’Amérique, ayant les mêmes significations, respectivement tornait (au singulier tornaq) et tornit (sing. tuneq), il existe une nette distinction de sens.

En Alaska – exactement à Point Barrow – Robert F. Spencer, dans son article L’Eskimo du Nord de l’Alaska (bulletin n° 71 du Bureau d’ethnologie américaine, 1959), remarque :

« L’Eskimo de l’Ouest ne semble pas avoir développé les idées assez élaborées qu’on rencontre dans les régions du Centre et de l’Est au sujet d’une race d’êtres anciens, ceux qui sont souvent appelés les tornait. Ce terme est cependant apparenté à tunarat qui, dans l’Alaska du Nord, désigne spécifiquement les pouvoirs du chaman. »

Spencer semble avoir confondu tornit, les tribus de l’ancien temps, avec tornait, les esprits qui gouvernent les choses (auxquels font parfois appel les chamans). Il enregistre néanmoins que « des géants faisaient également partie de l’environnement local. Ils n’avaient pas de pouvoirs spéciaux, et étaient simplement de « grands hommes »… Ils étaient considérés comme farouches et évitaient le contact avec d’autres humains ». Ces géants ont donc des traits communs avec les tornit de l’Est, et l’on se demande d’où vient la confusion de Spencer.

Franz Boas dans son ouvrage l’Eskimo du Centre (1964), rapporte les histoires des Eskimos du Centre sur les tornit :

« Dans les temps anciens, les Inuit n’étaient pas les seuls habitants du pays où ils vivent à présent. Une autre tribu semblable à eux partageait leur terrain de chasse. Les Tornit étaient beaucoup plus grands que les Inuit et avaient de très longs bras et de très longues jambes. Presque tous avaient les yeux troubles. Ils étaient extrêmement forts et pouvaient soulever de gros rochers qui étaient beaucoup trop lourds pour les Inuit… »

« Ils ne faisaient ni kayaks ni arcs…

« Les Tornit ne pouvaient pas nettoyer les peaux de phoques aussi bien que les Inuit, et ils les travaillaient avec une partie de la graisse encore attachée. Leur manière de préparer la viande était écoeurante, car ils la laissaient pourrir et la mettaient entre leurs cuisses et leur ventre pour la réchauffer.

« On peut voir partout les vieilles maisons de pierre des Tornit. En général, ils ne construisaient pas de maisons de neige mais vivaient tout l’hiver dans des maisons de pierre dont le toit était souvent porté par des côtes de baleine. »

On peut se faire une idée de ce que sont les Tornit, d’après les traditions des Amérindiens qui les appellent Adla ou Equigdleq (c’est-à-dire à moitié chiens). Alfred L. Kroeber (dans Contes des Eskimos du détroit de Smith), rapporte des histoires de Tornit des Eskimos du détroit de Smith et remarque qu’elles se retrouvent fréquemment dans des textes du Groenland. Il entendit également parler du Tutuatin, une créature fabuleuse aux poils hirsutes ; bien que la véritable importance de cette créature soit inconnue, elle fait peut-être partie de la tradition des Tornit sous un nom différent.

Dans le Nord de la terre de Baffin, les Tornit sont appelés les Toonijuk et paraissent similaires sous de nombreux aspects (très grands et avec des mœurs dégoûtantes). Un certain indice du sort de ces êtres est donné par leur tempérament car :

« Les Toonijuk n’étaient pas dangereux ; au contraire, ils étaient farouches et avaient terriblement peur des chiens ; ils étaient de plus stupides et lents. Les Eskimos du Pond Inlet (petit bras de mer) disent que ces grandes créatures n’attaquèrent jamais des Eskimos mais se battirent entre elles jusqu’à ce qu’elles se fussent entretuées (cependant d’autres tribus d’Eskimos prétendent avoir pisté ces géants stupides et les avoir tués un par un, comme du gibier). Ils disparurent de l’Arctique canadien il y a si longtemps que de mémoire d’homme, on ne s’en souvient plus et il n’en reste que des histoires fragmentaires aussi vagues que déformées. Lorsqu’on demanda à Idlouk quand vivaient les Toonijuk, il ne peut que répondre : « Il y a longtemps, avant que mon grand-père soit né. » Ce qui, pour un Eskimo, signifie au-delà de toute mémoire.

« Et de grand-mère à petit-enfant sont venues de l’obscur passé quelques histoires à demi oubliées de sous-humains méprisables et répugnants. (Katherine Scherman, Printemps sur une île arctique, 1956.)

Parmi les croyances très répandues des Eskimos, il y a celle des Tornit ou préhommes géants qui existaient dans les temps passés ; elle est complétée par des histoires similaires.

« Les Mahoni qui errent à travers le pays de la Peel River dans le Yukon du Nord sont d’énormes géants velus aux yeux rouges qui mangent de la chair humaine et dévorent des bouleaux entiers d’une seule bouchée. Les Sasquatch prédateurs des cavernes des montagnes de la Colombie britannique ont une taille de 2,50 m et sont couverts d’un pelage laineux et noir de la tête aux pieds. Il y en a d’autres, tous apparentés à ceux-ci : le terrible Homme des Broussailles des Loucheaux du Mackensie supérieur, avec à la face noire et aux yeux jaunes, qui fait sa proie des femmes et des enfants ; le Weetigo des Toundras, cet horrible cannibale nu, au visage noirci par la gelure, ses lèvres rongées découvrant des dents longues comme des crocs ; les « Hommes-montagnes » des Nahanni, chasseurs de têtes, hauts de 2,50 m ; et ces êtres imaginaires du Grand Lac de l’Esclave que les Amérindiens Dogrib appellent simplement « l’Ennemi » et dont ils ont tellement peur qu’ils construisent toujours leur demeure sur des îles loin de la rive où rode l’Ennemi » (Pierre Berton, le Nord Mystérieux, 1956).

Il existe un ensemble de descriptions très voisines de ces êtres inconnus, de l’Est à l’Ouest du Canada et des États-Unis du Nord.

Parmi les Micmac, groupe amérindien habitant le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, circulent des allusions aux Gugwes : « Ces cannibales ont de grosses mains et des faces velues comme des ours. Si l’un d’eux voyait venir un homme, il se couchait et se battait la poitrine en produisant un bruit ressemblant à celui d’une perdrix (Elsie Clews Parsons, Contes des Micmacs, 1925).

Bien que la relation entre un primate qui se couche et l’émission d’un bruit ne soit pas claire, ce thème d’une sorte de sifflement monotone (qui est l’appel de la perdrix grise du Canada du Sud-Est) se retrouve dans d’autres régions comme une caractéristique du comportement de ces êtres. Ces créatures sont connues chez les Micmacs sous d’autres noms : Kookwes, Cheno, Djenu.

Dans le Maine, chez les Penobscot, se racontent des histoires de Kiwakwe, un géant cannibale. Les géants sont des êtres bien connus aussi des Hurons et Wyandot sous le nom de Strendu. Ils sont presque aussi hauts qu’un arbre et énormes, comparés aux hommes.

Ces êtres semblent très similaires à ceux du Nord de l’État de New-York. Ainsi les Géants de Pierres sont des hommes colossaux « couverts » de silex et d’autres pierres :

« Les Géants de Pierres des Iroquois, de même que leurs congénères chez les Algonquins (par exemple, les Chenoo des Abnaki et des Micmac), appartiennent à un groupe très répandu d’êtres mythiques dont les Tornit des Eskimos sont un exemple. Ils sont […] d’une stature colossale, ne connaissent pas l’arc, et se servent de pierres comme armes. Ils se battent l’un contre l’autre dans des combats effroyables, arrachant les plus grands arbres pour s’en faire des armes et labourant la terre dans leur furie […] on les dépeint communément comme cannibales ; et il se pourrait bien que ce peuple mythique dont le souvenir remonte à loin, soit une réminiscence, colorée par le temps, de tribus arriérées, qui vivaient encore dans l’époque historique. Bien entendu, s’il existe un tel élément historique dans ces mythes, il est déformé et recouvert par des idées entièrement mythiques de titans ou de démiurges cuirassés de pierre. » (Hartley Burr Alexander, La mythologie)

Ces ogres sont les mêmes que les Windigo, (ou Witiko, Wendigo, Wittiko et autres noms), d’origine algonquienne. Cette vaste tradition couvre l’Est et le Centre du Canada et est très documentée. Chez les Tête-de-Boule du Québec, cet homme géant à tendance cannibale porte différents noms : Witiko, Kototshe, Atshen (Révérend Joseph E. Guinard, Le Witiko chez les Tête-de-Boule, 1930). Le Chenoo des Micmac parait être similaire au Witiko des Cree, John M. Cooper déclare (La Psychose Cree du Witiko, 1933) : « Tous deux ont les mêmes caractéristiques […] Le nom Chenoo même semble être identique au nom Atcen donné par les Montagnais et les Tête-de-Boule (Cree) au Witiko. » Car chez les Naskapi aussi « la plus proche analogie de nom et de caractère avec l’Acten, parmi les tribus voisines, est le Chenoo (ou Tchenu) de la légende Micmac » (Frank G. Speck, Naskapi, 1935).

De même, des détails spécifiques ressemblent nettement à ceux de créatures similaires dans d’autres régions.

« Le Witiko ne portait pas de vêtements. Il allait nu, été comme hiver, et ne souffrait jamais du froid. Sa peau était noire comme celle d’un nègre. Il avait l’habitude de se gratter, comme les animaux, contre les sapins et autres conifères résineux. Lorsqu’il s’était ainsi couvert de résine et de gomme, il allait se rouler dans le sable, si bien qu’on aurait pu croire, après de nombreuses opérations de ce genre, qu’il était fait de pierre » (Rév. Guinard, cité plus haut).

Cooper, également dans l’ouvrage déjà cité, note que :

« […] une habitude similaire est attribuée aux Chenoo de Passamaquoddy qui avaient coutume de se frotter entièrement avec de la résine odoriférante de pin et ensuite de se rouler sur le sol, de telle façon que tout adhérait à leur corps.

« Cette habitude fait fortement penser aux Cottes de Pierre des Iroquois, les géants cannibales assoiffés de sang qui se couvraient soigneusement le corps de poix et se roulaient ensuite dans le sable ou sur les pentes des dunes. »

Les Windigos ont une bouche effrayante et menaçante dépourvue de lèvres. Ils émettent souvent un sifflement sinistre ou un son décrit comme strident, retentissant et prolongé, accompagné de hurlements terrifiants. Le Windigo est un être énorme « qui va nu dans les broussailles et qui mange des Amérindiens. Beaucoup de gens soutiennent l’avoir entendu rôder dans les bois » (D. S. Davidson, Quelques Tête-de-Boules, 1928).

Dans le Québec, la troupe du Grand Lac Victoria raconte des histoires du Misabe, un géant aux longs  poils. Chez les Ojibwa du Minnesota du Nord, Sir Bernard Coleman décrit « les Memegwicio, ou hommes des terres désertiques. Certains les désignaient comme « une espèce de singe » […] Et on les décrivait comme étant à peu près de la taille d’enfants de 10 à 11 ans […] au visage recouvert de poils. » (La Religion des Ojibwa du Minnesota du Nord, 1937).

Ils ressemblaient à des Windigo de petite taille, et il est possible qu’ils aient été le produit d’une tentative indigène, afin de créer une catégorie particulière à partir des jeunes Windigo. (Personnellement, je trouve cette explication peu crédible, étant donné que les autochtones ne se livraient pas à ce genre d’expériences). Chez les Ojibwa Timigami, les Memegwesi sont « une espèce de créatures qui vit sur les hautes corniches rocheuses isolées. Ils sont petits et ont des poils qui leur poussent sur tout le corps. Les Amérindiens croient qu’ils sont comme des singes, à en juger par les spécimens de ceux-ci qu’ils ont vu dans les livres d’images » (Frank G. Speck, Mythes et folklore des Algonquins Timiskaming et des Ojibwa Timigami, dans la série anthropologique de l’étude géologique du Département canadien des mines, 1915).

Aux environs de la James Bay, les Cree connaissaient le Memegwecio, « le petit être qui ressemble à un humain sauf qu’il est couvert de poils et qu’il a un nez épaté » (Regina Flannery, La culture des Amérindiens du Nord-Est, 1946). Le thème général du pelage (ou les enjolivures de sable et de pierres qui y sont attachées), donne à ces êtres, de même qu’à toutes les créatures du genre Windigo, un caractère non humain. En fait, d’après des renseignements Micmac, W. D. et R. S. Wallis disent que le « Gugwes est une créature contrefaite, qui, en 1911-12, était communément comparée à un babouin ; en 1950, on le décrivait comme un géant ».

Au début des années 1960, James W. Van Stone note la croyance suivante chez les Chipewa, de la réserve de Snowdrift sur le Grand Lac de l’Esclave :

« On note également beaucoup de discussions parmi les Amérindiens de Snowdrift au sujet des prétendus « hommes des broussailles » que la croyance dit rôder dans les landes broussailleuses durant les mois d’été. Ils sont parfois utilisés comme moyen de faire peur aux enfants… Cependant les adultes y croient aussi, et plusieurs ont parlé à l’auteur de rencontres avec « des hommes des broussailles ».

Au cours du siècle précédent, à Fort Resolution près de là, Bernard R. Ross observe chez les Amérindiens leur crainte d’« ennemis ». Il rapporte que « à plusieurs occasions, en sifflant simplement, caché dans les broussailles, j’ai fait accourir en foule dans le fort, pour s’y réfugier la nuit, tous les indigènes campés aux alentours ».

June Helm Mac Neish et Cornelius B. Osgood donnent les caractéristiques et les traditions relatives aux Nakani parmi les tribus de la région du Grand Lac de l’Ours. Plus loin vers l’Ouest, l’existence de cette croyance est bien documentée chez les Kutchin du Nord du Yukon et de l’Alaska. Ces Nakani sont régulièrement accusés d’enlever des femmes et des enfants. L’attitude des Amérindiens envers ces créatures semble résulter d’évènements récents attribués à des rencontres avec elles, car des disparitions et de prétendues attaques créent une appréhension dans certaines régions, spécialement parmi les femmes et les enfants.

Le thème du « géant de pierre » reparaît dans les récits des Amérindiens Shoshoni. « Les Shoshoni du Nord disent qu’autrefois de très nombreux Géants de Pierre (Dzoavits) vivaient dans les montagnes. » Bien qu’aucun renseignement ne soit donné sur la nature de la « pierre » de ces géants, la même évolution du pelage hirsute à une sorte d’enduit de résine ou de gomme couvert de sable et de cailloux, a probablement dû se produire ici comme dans les cas rapportés dans l’Est.

Dans le nord de l’intérieur de la Colombie britannique, chez les Amérindiens Kaska se racontent des histoires d’hommes au pelage rude et épais. Chez un autre groupe de l’Athabasca, les Sinkoyne, on trouve des histoires d’hommes qui ressemblent un peu à des ours. Les Amérindiens de la région d’Anderson et du lac Seton, en Colombie britannique, parlent de nombreux géants.

Comme on le voit, cette tradition atteint sa personnification la plus marquée en Colombie britannique. Par exemple, chez les Amérindiens Carrier, l’un de ces monstres « laissait d’énormes empreintes dans la neige… Il avait le visage d’un être humain, il était incroyablement grand… et couvert de longs poils »

Une tradition similaire est répandue chez les Lillooet. Ces créatures appelées Hailó Laux ou Haitló Laux sont très grandes, les hommes font 3 m de haut, ils sont larges d’épaules et très forts. Ils ont du poil sur la poitrine et ont l’aspect d’un ours. Ils ont une longue chevelure. La plupart d’entre eux ont le poil noir, quelques-uns sont bruns, et un assez grand nombre a le poil roux. Les Amérindiens les tiennent pour des êtres mauvais, qui errent la nuit et qu’on dit ne jamais dormir.

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Cette dernière idiosyncrasie peut résulter de l’habitude naturelle de l’animal d’aller et venir la nuit. Chez les Karok et les Yurok, on trouve l’empreinte très marquée « de l’idée d’une race préhumaine ancienne mais parallèle ». Cette même croyance semble être répandue dans tout le Nord-Ouest, aujourd’hui, via les histoires de Bigfoot et de Sasquatch.

Bien que les rencontres avec ces créatures dans le Nord-Ouest de la région du Pacifique soient, de nos jours, un évènement quasi quotidien, une autre tradition encore vivace existe dans l’Est ; on connaît notamment les faits signalés à Monroe dans le Michigan. Ce qui est remarquable, c’est la chronologie des évènements avant et après les principales observations. Le 9 août 1965 à l’est de Smithville dans l’Ontario, un conducteur de camion de Lakeview déclara avoir vu une bête velue d’une taille dépassant 2 m avec de puissantes épaules, une petite tête et de longs bras, au bord d’une route isolée. Près de Monroe, le 13 du même mois, quelque chose de plus de 2 m de haut avec des poils « comme des piquants » passa une « patte » par la vitre ouverte d’une auto et pocha l’œil gauche de Christine Van Acker. D’autres « observations » furent signalées ensuite aux environs de Monroe. L’une des plus extraordinaires, aux yeux des autorités locales, fut celle que firent deux pêcheurs sur le lac Voorheis dans le comté d’Oakland, qui déclarèrent avoir vu une créature amphibie surgir de l’eau. Puis au début de septembre 1965, vinrent des rumeurs d’un monstre qui rôdait autour de Tillsonburg, Ontario. Ses empreintes étaient nettement visibles (dans le sable) et mesuraient 45 cm de long.[1 – La police du comté « expliqua » celles-ci en arrivant à cette conclusion que ces traces avaient été laissées par « un ouvrier fatigué, rampant sur ses mains et ses genoux entre les rangées de plants de tabac » (Kitchener-Waterloo Record, sam. 4 sept. 1965). Comme aurait dit Charles Fort : ils ont certainement le talent de trouver des explications merveilleuses…]

D’après ces observations, un « Windigo », voyageur, si vous voulez, semble être passé par Smithville en allant au Michigan, et être revenu par Tillsonburg. Des témoignages imprécis venus de Newmarket, Ontario, en 1965, peuvent n’avoir été qu’une autre branche de l’itinéraire de cette bête. Serait-ce le froid de l’été 1965, le plus froid depuis 1950, qui aurait provoqué l’incursion d’un abominable homme des neiges isolé dans les régions habitées par les hommes ? Peut-être mais les annales montrent que les témoignages d’août et septembre 1965 ne sont remarquables que par leur corrélation dans le temps et dans l’espace. On connait la rencontre d’un abominable homme des neiges signalée près de Frémont, Wisconsin, en novembre 1968, mais il y en eut également d’autres la même année, à Easterville, au Manitoba et à la Crescent, au Minnesota. En juin 1964, ce fut aux Sister Lakes du Michigan qu’une rencontre « se produisit » mais elle ne dut pas beaucoup surprendre Phillip Williams et Otto Collins qui avaient déjà été capturés et portés sur une courte distance par un être ressemblant à un singe à l’odeur pestilentielle près de Marshall dans le Michigan en mai 1956.

Le fondement des traditions indigènes peut sembler nébuleux au folkloriste et à l’anthropologue, mais pour les gens qui se sont trouvés face à face avec un membre de la population de Sasquatch ou Bigfoot du Nord-Ouest de la région du Pacifique, il est douteux qu’on puisse convaincre ces témoins de l’absence totale de validité des histoires de sous-humains.

Par Loren E. Coleman et Mak A. Hall, traduit par Jacques Bergier (et le groupe INFO), dans Le livre de l'inexplicable