Qui n'a entendu parler des « sorcières de Salem », ces femmes de la Nouvelle-Angleterre accusées, au XVIIIe siècle, d'avoir pactisé avec le Diable et qui termineront au gibet ? La même hystérie sévira un peu plus loin, dans la petite ville de Buckstone, sur l'instigation de son fondateur, un certain colonel Buck. Pervers et cruel, celui-ci prendra un malin plaisir à persécuter une pauvre vieille, desservie par un physique ingrat. Sous prétexte qu'elle a l'air bizarre, avec son menton en galoche et son regard perçant, on va la traîner devant les tribunaux.

Convaincue de sorcellerie, elle clame haut et fort son innocence. On tente en vain de lui arracher des aveux sous la torture. Finalement, sur ordre du colonel, elle est pendue.

Avant de mourir, la vieille femme maudira le nom de John Buck, son meurtrier, dont la tombe, à l'entendre, sera plus tard stigmatisée par une trace de pied.

Capturepied

Le colonel prendra la menace très au sérieux, qui, avant de trépasser, donnera des consignes expresses pour que l'on veille à l'entretien de sa sépulture. Sa famille fera donc ériger tout exprès une stèle en marbre blanc.

Las ! Effarés, le pasteur et son sacristain voient se dessiner, jour après jour, une ombre sur la pierre, qui prend indiscutablement la forme d'une trace de pas… On a beau la gratter, à chaque fois elle réapparaît.

L'affaire s'ébruite; les curieux affluent. De guerre lasse, les proches du colonel lui font bâtir une autre stèle. Peine perdue. L'empreinte d'un pied s'inscrit de nouveau dans la pierre !

Ainsi s'accomplit la vengeance posthume d'une victime de l'arbitraire sur son bourreau.