Dans son livre, Histoire inconnue des hommes depuis cent mille ans, Robert Charroux émet des doutes sur les théories avancées par les préhistoriens, et ne se prive pas d'ironiser :

Par conséquent, si les hommes de la préhistoire connaissaient le mortier, s'ils savaient cimenter, ces hommes ne pouvaient pas ne pas construire des murs de maison. Voilà qui tombe sous le sens.

Et de là découle une conséquence logique : ils n'habitaient pas des grottes, ils meublaient leurs maisons, ils travaillaient le bois* outre l'os, le cuir et le tissu; bref, les hommes préhistoriques sortent irrémédiablement de la nuit où l'on voulait les plonger et prennent leur véritable visage.

On nous a parlé d'une "époque du silex poli" postérieure au silex éclaté. Autrement dit, les hommes auraient d'abord fait éclater le silex pour en faire des outils, puis, se civilisant peu à peu, ils seraient parvenus à l'époque plus évoluée de la pierre polie. Cela paraît tout à fait discutable.

D'abord, il n'y a jamais eu d'époque du silex poli, pour la simple raison qu'on trouve très peu d'outils polis : un seul pour des millions d'outils en silex éclaté.

Les haches polies, dont on fait grand cas, ne servent à rien : rondes, elles ne peuvent ni couper, ni racler, ni scier sinon très difficilement, alors que le moindre silex éclaté est d'un emploi facile, immédiat.

Ces haches polies (car il s'agit de haches 99 fois sur 100) sont probablement des haches votives, des armes de panoplie, d'ornement, des cadeaux que l'on offrait ou que l'on polissait pour l'art, pour l'agrément. Peut-être aussi une monnaie d'échange.

De plus, il n'existe pas de champs de silex polis. Ces haches se trouvent dans les champs de silex éclaté, mêlées aux outils à éclats.

Enfin, il y a le bon sens.

Exprimant un jour notre idée au professeur Nouvel, directeur du zoo de Vincennes et du Jardin des Plantes de Paris, nous l'entendîmes s'écrier :

- C'est insensé ! N'importe qui peut polir du silex... personne ne sait le faire éclater !

S'il y a eu une époque de la pierre polie, elle est certainement antérieure à celle du silex taillé. En France, il n'existe que quatre ou cinq personnes capables de faire éclater - très mal - le silex; mais des millions de Français pourraient aisément polir une hache avec un peu de patience.

préhistoire

Par ailleurs, la théorie de l'homme descendant du singe, de l'homme obtus à l'origine, n'est nullement démontrée. Les préhistoriens cherchent depuis un siècle des squelettes d'hommes préhistoriques vieux d'un million d'années, susceptibles d'accréditer leur thèse. S'ils n'ont pas effectué de trouvailles décisives, par contre ils ont échafaudé un processus**. Ainsi sont nés le Proconsul, l'Homme de Grossetto, le Zinjanthrope, le Pithécanthrope, l'Altlanthrope, l'Africanthrope, etc.

Maigre palmarès, en vérité, que l'on peut résumer ainsi : les tibias du Grossetto, la mâchoire de l'Atlanthrope; un petit tas de cendre, c'est le Zinjanthrope; une cupule en plâtre grande comme une paume, c'est le Sinanthrope dont nous ne possédons malheureusement plus l'original; des débris de l'Australopithèque, des miettes du Plésianthrope. Quant à l'homme de Piltdown, il s'agissait d'une supercherie. Et pour le Sinanthrope, Marcellin Boule a prétendu qu'il était, en fait, un gibier.

Le volume de la boîte crânienne de ces ancêtres ne dépassait pas 600 ou 700 cm3, alors que la boîte crânienne de l'homme est de 1500 à 1600 cm3. Nos ancêtres n'auraient eu que l'intelligence, les capacités d'un gorille.

Comment, avec une poignée d'ossements, dont l'un est en plâtre et les autres faux ou contestés, prétendre édifier une science exacte ?

En vérité, cette science ne repose que sur des hypothèses discutables. On ne trouve pas de squelettes d'hommes préhistoriques établissant les chaînons entre le singe et l'homme. On ne trouve pas de crânes à 1100, 1200, 1300, 1400 cm3, c'est-à-dire les crânes des primates les plus proches de nous, ceux que, précisément, on devrait découvrir le plus facilement. De là une certaine tendance à défigurer la préhistoire.

On feint d'ignorer que les hommes du paléolithique savaient maçonner, habitaient des cités construites et fortifiées, avec rues, artisans, et sans doute même avec des coiffeurs***. On séquestre même, dans les "enfers" des musées, des indices et des preuves.

Quant aux estimations chronologiques, l'empirisme des expertises tient de l'invention pure et simple.

On brandit le fameux, le tout-puissant Carbone 14 pour chiffrer l'ancienneté d'ossements ou de matières organiques. Or, il est absolument insoutenable que le Carbone 14 puisse donner la moindre indication chronologique en préhistoire.

La marge d'erreur cyclique du Carbone 14 est de 50 % jusqu'à - 5568 ans; elle atteint 80 % de - 5000 à - 10 000 ans et ensuite, le Carbone 14 peut aussi bien indiquer - 15 000 ans ou - 50 000 au choix selon l'humeur.

Si le Carbone 14 était efficace, on saurait par exemple à quoi s'en tenir sur l'âge exact des peintures rupestres des grottes de Lascaux, où furent trouvés des ossements.

En Amérique, le procédé du Carbone 14 est souvent dénoncé comme un bluff et une escroquerie. Le Dr Morlet relate dans un de ses ouvrages sur la préhistoire, ses démarches auprès des savants américains, spécialistes de cette technique, pour dater le gisement du Champ des Morts de Glozel.

On lui a répondu "qu'établir un âge par la méthode du C 14 ne pouvait être accompli proprement sur des os".

M. Jean Maréchal, chef du laboratoire du Musée des Antiquités nationales, précise, d'autre part, la quantité de matière nécessaire pour une expertise :

- Dents - ivoire - os = 2 kg 200.

Or, on a daté des trouvailles - surtout des portions de crânes - d'après des prélèvements de quelques grammes, la trouvaille tout entière n'excédant généralement pas 0 kg 300 !

Hormis ce système, les évaluations se font sans tenir compte d'une masse d'impondérables, tels que les conditions climatiques d'un milieu dont on ignore tout.

Quant à fixer une date à l'apparition de l'homme sur terre, c'est la bouteille à l'encre. Les évaluations caracolent de 50 000 ans (Néanderthal et Aurignacien) à 10 millions d'années.

Avec une mâchoire laminée comme une tôle (d'un enfant de 5 à 7 ans, pense-t-on) incrustée dans un morceau de charbon, le professeur Johannes Hurzeler, du Muséum d'Histoire Naturelle de Bâle, a trouvé l'homme le plus vieux du monde ! Un homme de l'époque tertiaire. Du même coup, Johannes Hurzeler nie l'évolutionnisme darwinien et proclame : 

- Il n'y a pas une chance sur mille pour que l'homme descende du singe.

La préhistoire classique imagine nos ancêtres d'après les squelettes d'individus vraisemblablement dégénérés qui auraient habité les cavernes, et d'après la qualité du matériel trouvé à leurs côtés. Dans un million d'années (en supposant une prochaine destruction de notre planète), on ne retrouverait plus les squelettes de Becquerel, de Rodin, de Renoir, d'Einstein, de Fermi, de Picasso, réduits en cendre impalpable, dissous, ainsi que leur enveloppe charnelle et le cercueil en chêne massif. Par hasard, dans une caverne du Poitou, d'Indre-et-Loire ou de Provence, on exhumerait le squelette d'un clochard ou d'un ivrogne ancien troglodyte (il en existe encore des milliers en France) qui serait mort sur place dans sa caverne-habitation.

Son squelette, bien préservé dans du calcaire sec, aurait résisté au temps. Les préhistoriens de l'an 1001963 en déduiraient gravement  :

- L'homme du XXe siècle après le Christ mesurait 1 m 60. Il était bossu, bancal, scrofuleux. Son volume crânien était de 1500 cm3 et son intelligence à peine plus éveillée que celle d'un gorille. Sa civilisation lui permettait de connaître la cruche en terre cuite. Il avait comme siège des pierres entassées et ne connaissait ni la maison ni, par conséquent, la porte, la fenêtre, la cheminée.

Si le troglodyte était un ancien soldat du 6e Génie, on pourrait trouver comme ustensiles auprès de son squelette les deux silex réglementaires qui doivent figurer dans la trousse des artificiers de 1e classe, pour bouter le feu à la mèche lente.

D'où l'on déduirait encore, par raisonnement logique, que l'homme de 1963 ignorait le fer et le bronze (irrémédiablement détruits en quelques millénaires) et en était encore à l'âge du silex.

Des villes entières, vastes comme New York, Londres ou Paris, disparaîtraient sans laisser de traces, ensevelies ou désagrégées au fond de profondes vallées ou réduites en sable si elles étaient édifiées sur des plateaux ou à flanc de montagne***.

Oui, du sable. Des millions de poignées de sable et de poussière, c'est tout ce qui resterait de nos murs, de nos maisons, de nos vitraux, de nos métaux et de nos matières plastiques.

Et le sable des mers est sans doute cela partiellement : des cités jadis étincelantes, des palais, des temples, des objets de luxe ou merveilleusement oeuvrés, des vitraux de cathédrales, des vitrines de grands magasins...

Seules, peut-être subsisteraient les pierres précieuses, du moins pendant un certain temps; et sûrement les silex qui persistent dans les champs alors que tout le reste a disparu****.

La science préhistorique est lente et difficile à émouvoir. Le très docte représentant du ministère des Beaux-Arts d'un département très proche de l'Indre-et-Loire, a mis sept ans pour se décider à faire un petit tour dans les prestigieux champs de silex du Grand-Pressigny.

*Des microlithes sont trouvés dans les cavernes mêlés à l'argile. À quoi pouvaient servir ces outils minuscules ? Le mystère n'a jamais été éclarci. Vraisemblablement, à travailler, fouiller, décorer une matière abondante et énormément utilisée, car on peut ramasser des microlithes par millions.

Logiquement, on doit penser qu'ils servaient au travail du bois et alors s'impose une hypothèse qui, à nos yeux, a valeur d'évidence : les hommes préhistoriques, les hommes du silex, utilisaient en premier lieu le bois ! Le bois était vraisemblablement la base de leur industrie.

**Même en admettant la Terre extrêmement peu peuplée : 100 000 hommes en moyenne et 100 000 bêtes sauvages (ce qui est ridiculement bas), l'épaisseur des ossements répartis sur la terre serait sur un million d'années, formée par plus de 600 milliards de squelettes.

Il est impossible que des matières organiques ne se désagrègent pas en cent fois moins de temps, mais s'il devait subsister quelque chose, ce serait une véritable montagne d'ossements.

***Les antiques cités de Babylone et de Saba sont à peu près introuvables après 4000 ans. En France, nous ne savons plus où situer Gergovie, Alésia et Vouillé.

****Les matières organiques, les métaux, les métalloïdes, sauf le silex, le jaspe, le verre et quelques composés de silicium, sont détériorés en quelques millénaires.