Troisième cas.

Un matin de 1950, Mme B., femme d'un employé de banque parisien, se penche sur le petit lit de sa fille, Thérèse, âgée de 15 mois, qui vient de s'éveiller. Elle la prend dans ses bras :

-Bonjour, ma chérie, dit-elle...

À sa grande stupéfaction, l'enfant prononce alors plusieurs fois, et très distinctement, le mot "Aroupa"...

-Qu'est-ce que tu veux me dire ? demande la maman. Tu appelles Papa ?

Mais la fillette répète "Aroupa".

Toute la journée et les jours suivants, elle redit ce mot que personne n'a jamais entendu dans la famille.

M. B., que la chose amuse, en parle à ses collègues de bureau et l'un d'eux, qui s'intéresse aux philosophies orientales, lui apprend qu'Aroupa, en sanscrit, signifie "libéré de toute matière", c'est-à-dire "Dieu"...

M. B. trouve naturellement curieux que sa fillette prononce un mot sanscrit. Sans imagination, il n'en tire aucune conclusion particulière.

-Elle aura sans doute entendu cela à la radio, dit-il.

Mais 6 mois plus tard, nouvelle surprise : Thérèse se met brusquement à employer des mots anglais. Cette fois, Mme B., inquiète, consulte un pédiatre qui ne trouve aucune explication et ne cherche pas à approfondir le problème. Il a même cette réponse inimaginable : 

-Ne vous en faites pas, cela passera !

Quelques mois s'écoulent encore et, contrairement au pronostic du médecin, "ça ne passe pas". Au contraire, Thérèse continue d'émailler son babillage de termes anglais - de plus en plus nombreux - qu'elle prononce d'ailleurs avec un accent impeccable. Et voilà qu'un jour, jouant à la marchande avec sa mère, la fillette dit tout à coup : 

-Ça, ça coûte trois roupies ?

Mot que personne n'a jamais prononcé devant elle.

Mme B. commence à considérer sa fille avec angoisse. Une angoisse qui s'accroît encore lorsque, quelque temps après, Thérèse, voyant le portrait de Gandhi dans un journal, s'écrie :

-Oh Bapou ! C'est Bapou !

Les B. veulent en avoir le coeur net. Ils achètent une biographie du mahatma et apprennent avec stupeur que Bapou est le nom qui était donné dans l'intimité à Gandhi (02/09/1869 - 30/01/1948)* par sa famille et ses disciples. Conscients de se trouver devant un mystère, ils poursuivent leur enquête et acquièrent des livres sur l'Inde. Un soir qu'ils les feuillettent, Thérèse s'approche et voit un portrait de Yogananda. Elle prend un air grave :

-C'est Yogananda, dit-elle. Je le connais; il est venu chez Bapou. Il a déjeuné et couché. Il était bien gentil...

Pendant des mois, les B. questionnèrent avidement Thérèse qui leur conta mille anecdotes sur la vie de Gandhi qu'elle prétendait avoir bien connu. Mille anecdotes qui, toutes, furent vérifiées.

Puis la fillette grandit. Et ses étranges souvenirs peu à peu s'effacèrent...

 

* La mention de la date entre parenthèses est de moi.