Et l’homme ressent immédiatement le besoin de s’accrocher à son "gros cerveau" pour marquer la différence... C’est l’homme qui nous a appelé "bêtes" : est-ce un signe d’une quelconque supériorité ?
Les singes sont pour nous l’objet d’une attention toute particulière du fait de leur ressemblance et de leur proximité...

Relativement récemment, la thèse des scientifiques a bien changé : Nous ne sommes pas descendants des singes. Nous sommes des singes ! Nous faisons partie des trois espèces de chimpanzés (bonobo, chimpanzé et homme) et des cinq espèces de grands singes d’Afrique qui ont survécu à une élimination massive...

« L’homme est un singe ou, plus exactement, une espèce de singe qui s’appelle l’homme », note Pascal Picq dans "Le singe est-il le frère de l’homme ?", Le Pommier.

http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1613

Giorgio Agamben, dans "Idée de la prose", Christian Bourgois, note :

« L’évolution de l’homme ne se serait pas faite à partir d’individus adultes, mais à partir des petits d’un primate qui [...] auraient acquis prématurément la capacité de se reproduire. Ce qui expliquerait ces particularités morphologiques de l’homme qui [...] ne correspondent pas à celles des anthropoïdes adultes, mais à celles de leurs fœtus. Autant de caractères transitoires chez les primates, mais qui en devenant définitifs chez l’homme, ont en quelque sorte réalisé, en chair et en os, le type de l’éternel enfant. »

Ou bien Jean-Didier Vincent dans Celui qui parlait presque (Odile Jacob) :

« Le petit enfant singe [...] vous ressemble : le front plat, les yeux émerveillés, le menton fuyant et la peau nue comme celle d’un baigneur.
— Vous voulez dire qu’à sa naissance le petit singe ressemble à l’homme adulte ?
— Nous appelons ce phénomène la néoténie : un nouveau-né capable de devenir adulte et d’acquérir la capacité de se reproduire sans s’être métamorphosé ou avoir atteint sa maturité complète.
— L’humanité naîtrait donc des suites d’un petit défaut génétique. Votre homme serait, non seulement un singe, mais un singe taré.
— Pourquoi pas ? Un freinage accidentel dans le développement du jeune singe et le voici à l’école, cent mille ans plus tard, dissimulant sa peau nue sous des pantalons tachés d’encre."

Stephen Jay Gould écrit dans Le pouce du panda :

« Le crâne de l’embryon humain diffère peu de celui des chimpanzés. Au cours de leur croissance, les formes deux espèces suivent le même chemin : diminution relative de la voûte crânienne, le cerveau se développant beaucoup plus lentement que le corps après la naissance et accroissement relatif continu de la mâchoire. Mais, alors qu les chimpanzés accentuent ces transformations et que les adultes présentent un aspect extérieur profondément différent de celui du nouveau-né, nous poursuivons notre croissance beaucoup plus lentement et n’allons jamais aussi loin qu’eux. C’est-à-dire qu’à l’état adulte nous conservons des caractéristiques de la jeunesse. (…) Le ralentissement sensible de notre développement a entraîné la néoténie. Les primates comparés aux autres mammifères ont un développement lent, mais nous avons accentué cette tendance plus qu’aucun autre mammifère. Nous avons une très longue période de gestation, une enfance qui se prolonge de façon remarquable et une longévité supérieure à celle de tous les autres mammifères. Les caractéristiques de la jeunesse éternelle nous ont rendu bien des services. L’accroissement de la taille de notre cerveau est, au moins en partie, dû au report de la rapide croissance prénatale à des âges plus tardifs. Chez tous les mammifères, le cerveau croît rapidement in utero, mais souvent fort peu après la naissance. Nous avons reporté cette phase fœtale dans la vie post-natale. Mais les changements dans le temps ont été tout aussi importants. Nous sommes au tout premier chef des animaux capables d’apprendre et notre enfance prolongée permet la transmission de la culture par l’éducation. »

Bébé singe mignon

Une affaire de famille

« Nous ne descendons pas des singes, puisque nous sommes des singes », écrit Desmond Morris, zoologiste britannique. Certes, l’homme n’est pas un chimpanzé, le bonobo n’est pas un humain et le chimpanzé n’est pas un bonobo, mais tous, sont des singes ! Entre l’homme et le singe, c’est une affaire de famille. « Les singes ont évolué en même temps que nous, rappelle Pascal Picq, paléoanthropologue français. Cela signifie que les chimpanzés et les bonobos sont nos frères et que les gorilles sont nos cousins ». Ils ont en effet un ancêtre commun dont ils se sont séparés il y a 5 à 7 millions d’années. L’homme fait partie de la famille des grands singes ou plus exactement des hominidés, au même titre que le gorille, le chimpanzé et le bonobo. L’homme partage des ressemblances, voire des similitudes comportementales et morphologiques avec les autres grands singes. Le chimpanzé et le bonobo ont notamment un patrimoine génétique commun à près de 99% avec l’homme.

Homme, proche du singe, l’idée dérange. Au Moyen-Âge, le singe représentait d’ailleurs l’incarnation du diable. Il faut dire que l’homme a longtemps été considéré comme une exception au cœur du royaume des animaux. Les Grecs l’avaient même placé au sommet de la « scala naturae », une conception hiérarchique de la grande chaîne de la vie, acceptée par de très grands savants jusqu’à la grande révolution scientifique de Copernic et Darwin. Ce dernier met en parenté l’homme et le singe. A l’époque, une théorie qui met mal à l’aise. L’épouse de l’évêque de Manchester aurait d’ailleurs déclaré : « descendre du singe ?! Espérons que ce n’est pas vrai... Mais si ça l’est, prions pour que la chose ne s’ébruite pas ! »

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