Le numéro 120 de la rue Richelieu à Paris, est aujourd’hui occupé par une compagnie d’assurance. L’immeuble est vaste et cossu. Vers les années 1760, il a été le logis de l’homme le plus mystérieux de l’Ancien Régime. Si nous voulions suivre les traces de ses innombrables pérégrinations, nous serions obligés de passer par Chambord, Versailles, les Pays-Bas, l’Angleterre, l’Allemagne, la Russie… Et si nous voulions rappeler tout ce qui a été écrit sur lui, il y faudrait consacrer des mois et des mois, voire des années. Peu de personnages ont autant attiré les historiens… et plus encore les romanciers. On sait fort peu de choses sur son compte, mais le nombre de sottises qu’on a pu « broder » sur ses aventures est fabuleux.

Comment se nomme cet extraordinaire individu ? À dire vrai, on n’en sait absolument rien… Il est connu sous au moins une dizaine d’états civils différents, qui, probablement, sont tous faux. On le désigne le plus souvent sous le nom de Denis, comte de Saint-Germain. Nous allons essayer d’évoquer cette curieuse silhouette… en ne nous basant que sur les faits qui semblent certains, en faisant donc volontairement abstraction des légendes dont on a étoffé sa biographie.

Denis de Saint-Germain

Nous découvrons pour la première fois sa trace en France au printemps 1758. Cette date de 1758 évoque le règne de Louis XV…, la désastreuse guerre de Sept Ans ! L’incapable maréchal de Soubise vient de se laisser battre à Rossbach. Nous avions pour alliée l’Autriche et pour adversaires la Prusse et l’Angleterre. Depuis 13 ans, Madame de Pompadour dirigeait, en sous-main, notre politique extérieure. Ainsi, c’est en cette année 1758 que Choiseul, grand homme d’État, sera choisi comme ministre.

On a dit beaucoup de mal de la Pompadour. Retenons seulement qu’elle protégea les artistes et qu’elle contribua à faire de la cour de France la plus raffinée d’Europe.

La favorite, selon les usages, « case » sa famille en d’innombrables sinécures. C’est ainsi qu’elle obtient pour son frère, le marquis Abel-François de Marigny, la direction des Bâtiments du Roi. Marigny est un homme de goût et s’acquitte à merveille de sa tâche.

Une contemporaine, Madame du Hausset, le décrit « ayant voyagé avec d’habiles artistes en Italie et ayant acquis du goût et beaucoup plus d’instruction que n’en avait eue aucun de ses prédécesseurs… ».

Le 12 avril 1758, Marigny reçoit de Paris une lettre qui l’intrigue fort et qu’il s’empresse de communiquer à sa sœur. Elle est écrite par un gentilhomme venant de Londres mais qui réside à Paris depuis environ trois mois. Elle est signée : Denis S.M. de Saint-Germain, et le cachet qui la scelle porte une couronne de comte.

Que demande ce personnage inconnu, qui ne prend même pas l’élémentaire précaution de faire appuyer sa lettre par son ambassadeur ? Qu’on mette à sa disposition un château royal, car : « … j’ai fait dans mes terres la plus riche et la plus rare découverte qu’on ait encore faite… l’objet de tant de soins obtenu, je viens volontairement en offrir le profit au roi… ».

L’épître, assez longue, reste vague et mystérieuse. On peut se demander si le comte de Saint-Germain se vante d’avoir trouvé un nouveau procédé de teinture des étoffes… ou le secret de fabriquer de l’or !

La marquise de Pompadour est troublée par cette lettre. C’est qu’elle s’entoure d’astrologues, d’alchimistes, de magiciens, d’empiriques, comme on disait alors… et qu’elle voyait en Saint-Germain l’un d’entre eux de l’espèce la plus rare.

Elle recommande le comte de Saint-Germain au roi Louis XV et celui-ci donne carte blanche à Marigny.

la marquise de Pompadour

C’est ainsi que, le 8 mai 1758, le curieux personnage arrive avec une suite nombreuse dans un bel appartement qui lui est concédé dans le château de Chambord inoccupé depuis la mort du neveu du maréchal de Saxe.

En hâte, on y installe, dans une cuisine désaffectée, un laboratoire où personne n’a le droit d’entrer, sinon les assistants et domestiques du chimiste. Ils n’y feront rien de bon et causeront même tant de scandale qu’ils en seront chassés en mai 1760. D’ailleurs, Saint-Germain lui-même ne fit à Chambord que de rares apparitions.

Revenu à Paris, le comte sous-loua le bel hôtel du chevalier Lambert. Il y mena une existence discrètement luxueuse, mais se rendit très souvent à Versailles où il eut de longs et fréquents entretiens avec Madame de Pompadour sur qui il prenait un ascendant extraordinaire. Pour faire la cour à la favorite, chacun reconnaissait (avec plus ou moins de sincérité) toutes les qualités à ce gentilhomme dont, cependant, on ne savait rien.

Voici la description qu’en a laissée Madame du Hausset :

« Le comte paraissait avoir 50 ans ; il avait l’air fin, spirituel, était mis très simplement mais avec goût. Il portait aux doigts de très beaux diamants ainsi qu’à sa tabatière et à sa montre ».

Et un autre contemporain est plus précis encore :

« Je vis entrer un homme de taille moyenne, très robuste, vêtu avec une simplicité magnifique et recherchée. Il jeta son épée et son chapeau sur le lit de la maîtresse du logis, se plaça dans un fauteuil près du feu et interrompit la conversation en disant à l’homme qui parlait : « Vous ne savez pas ce que vous dites, il n’y a que moi qui puisse parler sur cette matière que j’ai épuisée comme la musique que j’ai abandonnée, ne pouvant plus aller au-delà… »

Ce qui marque un trait caractéristique du personnage : un aplomb formidable que rien ne déconcerte.

En juin 1758, le hasard (un hasard minutieusement préparé par la marquise de Pompadour) fit que Louis XV croisa au pied d’un escalier dérobé ce curieux homme dont déjà toute sa cour s’entretenait à mi-voix.

Il en résulta une première entrevue discrète à laquelle seuls prirent part le roi, la marquise et le comte. Elle dura plus d’une heure. Le roi en sortit troublé et, comme dit Madame du Hausset, à partir de ce jour, « le roi ne souffrit pas qu’on parlât du comte avec mépris ou raillerie ».

Or, on sait que Louis XV, féru de noblesse, n’aurait jamais reçu en son intimité un inconnu d’origine obscure. On en déduit avec beaucoup de raison que Saint-Germain était de haute naissance… ou qu’il avait eu l’habileté d’en persuader le roi.

Louis XV

À dater de cette rencontre, Saint-Germain eut ses entrées dans les petits appartements du roi, à Versailles comme à Marly. Il passait des heures en tête-à-tête avec le souverain qui semblait le consulter sur les plus hauts problèmes diplomatiques. Et déjà Choiseul en prenait ombrage.

Sûr de son prodigieux crédit, le comte Denis de Saint-Germain fit en sorte que deux légendes se greffassent sur son étrange personnalité. Sans jamais le dire positivement, il fit croire qu’il était âgé de plusieurs siècles et possédait le secret de ne jamais vieillir, et aussi qu’il avait le pouvoir de faire grossir les diamants et autres pierres précieuses.

C’était un homme fort habile… un malin doué d’une intelligence supérieure, qui poursuivait certainement un but précis, mais obscur.

Ainsi, un jour, dans une antichambre de Versailles, il croisa une très vieille dame, la comtesse Langet de Gorgy. De saisissement, elle tomba en pâmoison. Quand elle revint à elle, ce fut pour déclarer qu’elle avait parfaitement reconnu en Saint-Germain un gentilhomme qu’elle avait souvent rencontré à Venise - où son défunt époux était ambassadeur - en 1698. Il y avait donc 60 ans de cela… et déjà il paraissait âgé d’une cinquantaine d’années.

La rumeur en vint aux oreilles de Madame de Pompadour qui interrogea le comte.

-Enfin, vous ne dites pas votre âge et vous vous donnez pour fort vieux. La comtesse de Gorgy dit vous avoir connu il y a un demi-siècle à Venise, tel que vous êtes aujourd’hui.

-Il est vrai, madame, que j’ai connu il y a longtemps Madame de Gorgy.

-Mais suivant ce qu’elle dit vous auriez plus de 100 ans à présent ?

-Cela n’est pas impossible, dit-il en riant. Mais je conviens qu’il est encore plus possible que cette dame - que je respecte - radote.

Quand Madame de Pompadour, de plus en plus intriguée, l’interrogeait sur son passé, voilà comment se déroulait le dialogue, selon Madame du Hausset :

-Comment était François 1er ? C’est un roi que j’aurais aimé.

-Aussi était-il très aimable…

Et il dépeignait ensuite la figure et toute sa personne comme l’on fait d’un homme qu’on a bien considéré.

-La cour de François 1er était-elle fort belle ? insistait Madame de Pompadour.

-Très belle, mais celle de ses petits-fils la surpassait infiniment, et du temps de Marie Stuart et de Marguerite de Valois, c’était un pays d’enchantements, le temple des plaisirs. Les deux reines étaient savantes, faisaient des vers et c’était un plaisir de les entendre.

Madame (la Pompadour) lui dit en riant :

-Il semble que vous ayez vu tout cela.

-J’ai beaucoup de mémoire et j’ai beaucoup lu l’Histoire de France. Quelquefois je m’amuse non pas à faire croire, mais à laisser croire que j’ai vécu dans les plus anciens temps.

Marie Stuart

Mais reprenons un autre passage des Mémoires de Madame du Hausset, femme de chambre de la Pompadour, qui rencontrait constamment le comte.

« Quelques jours après, il fut question entre le roi et Madame et quelques seigneurs et le comte de Saint-Germain du secret qu’il avait de faire disparaître les taches des diamants. Le roi se fit apporter un diamant médiocre en grosseur et qui avait une tache. On le fit passer et le roi dit au comte :

-Il est estimé 6 000 livres, mais en vaudrait 10 sans la tache. Voulez-vous vous charger de me faire gagner 4 000 livres ?

Saint-Germain l’examina bien et répondit :

-Cela est possible et, dans un mois, je le rapporterai à Votre Majesté.

Un mois plus tard, le comte rapporta au roi le diamant ; il était sans tache. Le roi le fit peser et, à quelque petite chose, il était aussi pesant. On l’envoya ensuite au joaillier qui en offrit 10 600 livres. Le roi n’en revenait pas de sa surprise et disait que Monsieur de Saint-Germain avait aussi le secret de faire de gros diamants avec des petits…

Diamant

Que penser de tout cela ?

… Probablement que le comte de Saint-Germain savait investir des capitaux dans les grandes occasions !

Ce qui est bien certain, c’est qu’il était passé maître en l’art de la publicité personnelle. Il créait, par mille détails, une ambiance fantastique autour de lui et comme les gens du monde ont toujours été fort naïfs sous des dehors blasés, on ne parlait que de lui, on lui prêtait mille traits étonnants qu’il ne confirmait ni ne démentait.

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Puisqu’il jouissait de l’amitié du roi, c’était à qui l’inviterait. On remarqua tout de suite qu’il avait les manières d’un gentilhomme de la meilleure éducation. Il avait beaucoup voyagé, beaucoup retenu et connaissait à la perfection cinq langues vivantes dont le français. Il prenait plaisir à assister à des repas somptueux, bien qu’il ne touchât aucun mets, se contentant de boire un breuvage dont il apportait une fiole et dont il se servait lui-même.

-Personne, disait-il, ne m’a jamais vu manger et c’est l’élixir que je bois qui me maintient en santé.

Mais Saint-Germain souhaitait - pour quelle raison ? - que sa renommée débordât la cour et vint jusqu’à la ville, c’est-à-dire jusqu’aux grands bourgeois de Paris.

Le comte d’Albaret avait monté une troupe de comédiens amateurs dans laquelle un certain Gauve, commis dans les fourrages, tenait la vedette. Il était ce qu’on nommait alors comique-grimacier, ce qu’on nomme maintenant imitateur. Sous le pseudonyme de milord Gower, il faisait un numéro dans les salons du Marais où il avait énormément de succès. L’idée lui vint d’imiter le comte de Saint-Germain et de dire avec un accent italien qu’il avait vécu dès le début de notre ère. Il comptait mille fariboles… et les bons bourgeois se prirent à croire que c’était vraiment Saint-Germain qu’ils recevaient chez eux.

Par ce « canular », pris au sérieux… ou qui était monté de toutes pièces par le comte lui-même… on a lieu de croire que ce fut lui qui suggéra le tour à Gauve.

Pourquoi ? Nul ne le sait. Si Saint-Germain était un mystificateur, ce n’était pourtant pas un mystificateur banal, car il avait gagné l’entière confiance de Louis XV et le souverain était un homme intelligent, méfiant, qui s’y connaissait en hommes. Ce fut même la confiance de Louis XV qui faillit perdre Saint-Germain.

le duc de Choiseul

Louis XV se méfiait de ses ministres et entretenait, à leur insu, des agents secrets qu’il chargeait de missions aussi confidentielles que délicates, allant souvent à l’encontre de la diplomatie « officielle » de ses ambassadeurs.

Ces combinaisons correspondaient bien à l’esprit inquiet et compliqué de Louis XV. Or, la guerre, en se prolongeant, devenait de plus en plus désastreuse. L’intérêt du royaume voulait qu’elle cessât le plus vite possible sans que l’honneur y fût sacrifié. Telle était l’opinion de Louis XV. En revanche, Choiseul estimait que si nous tenions assez longtemps, la situation évoluerait en notre faveur. Sans en avertir son ministre, le roi voulut faire de discrètes ouvertures de paix. Il songeait à séparer l’Angleterre de la coalition de nos ennemis. Mais encore devait-il manœuvrer avec infiniment de prudence.

Conseillé par Madame de Pompadour, Louis XV fit du comte de Saint-Germain un de ses agents secrets personnels. Il l’envoya très discrètement aux Pays-Bas, afin d’y rencontrer des émissaires du cabinet de Londres. Au début, tout alla au mieux. Saint-Germain eut, en février 1760, des conversations avec des banquiers anglais. Il écrivit alors une lettre pleine de détails intéressants à Madame de Pompadour. Mais Choiseul avait aussi ses agents secrets. Depuis longtemps, ceux-ci surveillaient Saint-Germain ; ils interceptèrent cette lettre et la remirent au ministre.

Dès qu’il en eut connaissance, Choiseul entra dans une violente colère. Il donna immédiatement à l’ambassadeur de France à La Haye, M. d’Affry, ordre de s’emparer coûte que coûte de Saint-Germain et de le conduire sous bonne escorte, en France. Le comte de Saint-Germain fut prévenu à temps par des amis hollandais. Il s’enfuit précipitamment des Pays-Bas et se réfugia en Angleterre. Louis XV se garda bien d’entrer en conflit avec Choiseul à propos de cet agent. Il désavoua Saint-Germain, selon les meilleures traditions de la diplomatie secrète.

La raison d’État et la morale sont deux choses distinctes, hélas ! Le comte de Saint-Germain le savait si bien qu’il ne se risqua plus jamais à revenir en France. Il mena une vie errante et fastueuse en divers pays d’Europe. En Angleterre, en Russie, en Allemagne, il fut reçu par les plus grands personnages et laissa accréditer sur son compte les mêmes fables qu’en France. Un fait est certain : les années ne devaient jamais peser sur ses épaules. Il semblait toujours garder le même âge : une cinquantaine d’années.

En octobre 1778, il se fixa à Altona, ville proche de Hambourg, siège du duché de Holstein, dont le souverain était le prince Charles de Hesse-Cassel. Puis il rejoignit ce potentat en son château de Goddorp, ville du Schleswig. Le prince et le comte devinrent de grands amis. Hesse-Cassel laissait entendre que le noble voyageur lui communiquait ses mystérieux secrets, dont celui d’une certaine organisation de l’Europe, qui aurait assuré la paix perpétuelle.

Le 27 février 1784, Denis de Saint-Germain mourut d’une attaque de paralysie. Son princier ami lui fit faire de magnifiques funérailles mais s’appropria ses documents et archives et ne les communiqua à personne.

La légende qui entourait Saint-Germain de son vivant s’amplifia encore après sa mort. Beaucoup de personnes crurent (et croient encore) qu’il ne mourut point. On a raconté qu’il vivait encore en 1792 puis en 1825. On a même affirmé qu’il s’était réfugié au Tibet où il vivrait toujours.

Saint-Germain bis

Il n’y a aucun doute que celui qui se faisait appeler le comte de Saint-Germain quitta bien ce monde en 1784 ; il a emporté dans la tombe un certain nombre de secrets étranges.

Et d’abord, celui de ses recettes de santé. Il est incontestable (et d’innombrables témoins en ont apporté la preuve) que même à un âge avancé, il conservait une surprenante jeunesse.

Il est certain aussi qu’il avait des connaissances particulières sur les diamants.

On ne peut nier non plus que Louis XV et autres monarques le tenaient en haute estime et le traitaient en grand seigneur, presque en égal.

Ce qui amène à aborder la plus profonde énigme de cette existence hors-série. Quelle personnalité se cachait en vérité sous ce pseudonyme ?

Pseudonyme ? Mais oui. Les familles titrées étaient connues par les généalogistes et les juges d’armes… Or, aucun registre de noblesse n’a fait état, à cette même époque, d’un Denis de Saint-Germain. Lui-même laissait entendre qu’il était de sang illustre, et ses manières, comme ses connaissances, démontraient qu’il avait reçu une éducation princière.

Le mystérieux comte aurait-il donc été prince, fils de roi ?

Sinon de roi, au moins de reine… L’hypothèse la plus vraisemblable est, en effet, que Denis de Saint-Germain était de sang royal. Plusieurs de ses contemporains, en effet, insistent : « Le roi (louis XV) en parle comme étant d’une illustre naissance ».

Et le baron de Gleichen, qui l’a bien connu, écrit dans ses Mémoires : « Le comte se plaisait à raconter des souvenirs de son enfance et se peignait alors environné d’une suite nombreuse, se promenant sur des terrasses magnifiques, dans un climat délicieux, comme s’il avait été le prince héréditaire d’un roi de Grenade, au temps des Maures… ».

Comme on dit au jeu de cache-tampon, Gleichen brûlait. Il est, en effet, bien probable que le mystérieux gentilhomme était le fils secret de la reine Marie-Anne de Neubourg, princesse de Wittelsbach, en Bavière, et veuve de Charles II, roi d’Espagne.

Elle avait été exilée à Bayonne après son veuvage, en 1706, et le futur comte de Saint-Germain (qui se serait appelé en son enfance marquis de Montferrat) y serait né vers 1710. De cette reine, Victor Hugo a fait l’héroïne de Ruy Blas… sans tenir aucun compte de la vérité historique.

L’enfant aurait été élevé à Florence par son oncle, Jean-Gaston de Médicis. Ce grand seigneur italien était très versé dans les sciences et dans l’étude des langues qu’il avait profondément cultivées. Il connaissait l’italien et le latin, mais, dit son biographe, « possédait parfaitement l’anglais, l’allemand, le bohème (hongrois), le français, l’espagnol et le turc et, de plus, il était excellent musicien ».

Il habitait un palais donnant sur les terrasses des magnifiques jardins Boboli… qui correspondent assez aux souvenirs d’enfance du futur comte de Saint-Germain. De son oncle, Denis aurait hérité le goût des langues étrangères et de la musique, ainsi qu’une éducation raffinée.

Mais les ennemis de notre personnage (et ils étaient nombreux) soutenaient qu’il était tout simplement le fils d’un banquier espagnol d’origine obscure. Telle était l’opinion que répandait le duc de Choiseul, affirmant qu’il en tenait les preuves du lieutenant de police Bertin de Belisle.

L’aventurier Casanova (qui enviait et détestait Saint-Germain) écrit dans ses Mémoires : « Il n’était que le joueur de violon Catalani… » mais sans fournir la moindre preuve. D’ailleurs, ces fameux Mémoires fourmillent de mensonges et de calomnies.

Frédéric II de Prusse

Le roi de Prusse, Frédéric II, ayant chargé sa police d’enquêter sur notre mystérieux personnage, reçut un rapport qui disait : « Il se nomme en réalité Rakoczi, est le fils légitime d’un prince de Transylvanie de ce nom et de son épouse née Tekely… Persécuté par son père, il s’est enfui très jeune de Bohème et a commencé une existence errante qui l’a conduit en Europe comme en Orient… »

Personnellement, s’il faut donner un avis, je penche pour l’origine royale espagnole, mais n’en apporte aucune preuve. C’est pure intuition. Ce qui est certain, par contre, c’est que le comte de Saint-Germain avait une personnalité hors-série et qu’il a dû être un des dirigeants des services d’espionnage de son époque.

Pierre Mariel, Magiciens et sorciers (Les dessous sataniques de l’Histoire)