Earhart engoutie dans le Pacifique...

Earhart disparait...

L'avion d'Amelia a disparu...

Amelia Earhart noyée dans le Pacifique...

Lady Lindy disparait...

Lady Lindy, c'était le nom d'amitié que les États-Unis donnaient à leur championne d'aviation, Amelia Earhart, à cause de son étonnante ressemblance avec Charles Lindbergh - familièrement Lindy - le héros de la traversée de l'Atlantique.

Comme lui, Amelia était grande et mince; elle avait comme lui un étrange visage aux pommettes saillantes, des yeux vifs au regard direct, des cheveux blonds qu'elle portait courts et bouclés.

La ressemblance n'était pas seulement physique : tous deux avaient les mêmes qualités d'intrépidité, d'endurance, de farouche volonté, de courage, de sang-froid, une égale passion pour l'aviation.

Si Lindbergh avait été le premier à franchir d'un coup d'aile, à bord du Spirit of Saint Louis, l'étendue liquide de l'océan Atlantique, l'avion d'Amelia, l'Electra, se proposait d'accomplir un raid sans précédent par son ampleur et son audace : "boucler la boucle.." autour du  monde. L'entreprise fut qualifiée d'Everest de l'avion.

Et voilà qu'en ce matin de juillet 1937 des millions d'Américains - et, en même temps qu'eux, tous ceux que passionnait cette performance inouïe - ouvrant leur journal pour y chercher la nouvelle de l'atterrissage de l'Electra à l'île Howland, à l'escale prévue en plein Pacifique, tombent sur cette manchette étalée sur toute la largeur de la page : LADY LINDY DISPARUE.

Ils ne pouvaient y croire. Disparue, Amelia, avec sa tranquille audace et son imbattable adresse de pilote ! Disparu, son habile navigateur Fred Noonan, qui avait accepté avec tant d'enthousiasme de participer à cette grande entreprise ! Disparu, le robuste Electra, spécialement équipé pour ce vol !

C'était impossible. On s'affolait trop vite, lady Lindy se retrouverait... Il n'était que d'attendre.

On attendit près de 30 ans; car plus le temps passait, plus le mystère allait s'épaississant.

Mais, d'abord, qui était lady Lyndy ?

Fille de professeur, Amelia Earhart était née en juillet 1898 dans l'État du Missouri, au centre des États-Unis. Dès qu'elle avait obtenu son diplôme d'études secondaires, elle avait quitté sa famille et s'était engagée pour soigner les blessés dans un hôpital canadien - on était en 1917, durant la première guerre mondiale.

La guerre terminée, elle entreprit des études médicales à New York, dans lesquelles elle réussissait brillamment. Rien ne prédisposait donc cette grande fille mince et souple à faire carrière dans un sport qui était encore le privilège de rares élus, masculins dans l'immense majorité des cas.

Mais, en 1920, Amelia eut l'occasion de recevoir le baptême de l'air.

Quand elle redescendit au sol, sa décision était prise : elle consacrerait sa vie à l'aviation.

Comme ce fut le cas pour la jeune Française Hélène Boucher, sa vocation s'était révélée de façon foudroyante.

Dès l'année suivante, Amelia pilotait seule.

Très vite elle adopta le costume masculin qu'elle trouvait plus pratique et qui lui permettait d'être plus facilement traitée en camarade par les pilotes et mécaniciens : pantalon et veste de cuir, écharpe négligemment enroulée autour du cou, casque de cuir posé à la diable sur ses cheveux courts.

En 1922, deux ans seulement après son baptême de l'air, elle fit l'acquisition d'un biplan de sport et se mit à étudier tout particulièrement les manoeuvres de détresse : elle apprit le vol en spirale, maîtrisa la perte de vitesse et l'atterrissage forcé, vola sans instruments en plein brouillard... Ce fut cette année-là que, pour la première fois, elle s'écrasa au sol : cela devait lui arriver trois fois encore au cours de sa brève et éclatante carrière. Elle était trop "mordue" par l'aviation pour avoir même la tentation d'y renoncer.

Cependant il fallait vivre : l'aviation coûtait cher et ne rapportait rien.

Amelia reprit ses études médicales, mais les abandonna rapidement, trouvant la préparation à cette carrière beaucoup trop longue : son impatience voulait tout de suite passer à l'action.

Elle donna des leçons d'anglais, des cours du soir, fit quelque temps un travail d'assistance sociale...

Puis la chance lui sourit.

Amelia Earhart

L'aviation progressait à pas de géant. Après le spectaculaire exploit de Lindbergh, une Anglaise, Mrs. Frederic Guest, décida d'être la première femme qui traverserait l'Atlantique et acheta au commandant Richard Byrd (le même qui devait passer 6 mois seul au pôle Sud) son Fokker qui s'appelait Friendship.

Un éditeur eut l'idée de lui proposer Amelia Earhart comme passagère, afin que celle-ci écrivît le récit du vol (il faut dire que le livre consacré par Lindbergh à son exploit s'était admirablement vendu).

Le Friendship fut conduit à Terre-Neuve et, le 17 juin 1928, prit son vol au-dessus de l'océan. Lorsqu'il atterrit au pays de Galles, dans le sud de l'Angleterre, il lui restait à peine une heure d'essence !

Aux États-Unis, Amelia fut saluée comme une héroïne nationale : elle traversa New York sous une pluie de confetti et une tempête de hourras.

Ce qui lui fit encore plus de plaisir, c'est qu'elle avait désormais assez d'argent pour pouvoir voler sans être restreinte par un budget trop étroit.

Mais elle n'était pas pour autant satisfaite : si elle avait traversé l'Atlantique, c'était dans un appareil qu'elle ne pilotait pas.

Elle tint à recommencer, seule aux commandes de son propre avion, et réussit cet exploit le 22 mai 1932, en près de 15 h de vol : elle atterrit en Irlande après avoir traversé des orages, ses ailes alourdies de glace. Il y avait 5 ans que Charles Lindbergh s'était posé, lui, au Bourget, sous les ovations d'une foule en délire.

Cinq ans encore... et le raid autour du monde allait commencer.

En 1936, avec une subvention accordée par l'université de Purdue où elle servait de conseillère aux étudiants, Amelia acheta l'avion le plus moderne, un Lockheed à double contrôle prévu pour 10 passagers.

Tout de suite, elle fit enlever les sièges pour les remplacer par des réservoirs supplémentaires d'essence. Ainsi équipé, ce géant des airs lui permettrait les vols à longue distance dont elle rêvait depuis longtemps.

Elle venait d'avoir 38 ans.           

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Les préparatifs de son tour du monde se firent, minutieux, beaucoup plus poussés que ne l'imaginait le public, comme nous le verrons par la suite.

Le raid commença par un échec. Il devait avoir lieu d'est en ouest et, bien entendu, moyennant de nombreuses escales : l'aviation n'était pas alors équipée pour relier en quelques heures Paris à New York ou à Tokyo, ni, si besoin était, pour survoler le pôle Nord.

Amelia s'était assuré la collaboration de deux excellents navigateurs, le capitaine Henry Manning et le commandant Fred Noonan, plus un copilote, Mantz. Mais c'était Amelia qui se réservait le privilège de piloter l'appareil.

Le 17 mars 1937, après une journée de pluie, le ciel s'éclaircit enfin et l'Electra décolla de Californie en direction des îles Hawaii, première étape de ce fabuleux voyage.

Quelques minutes après le décollage, l'appareil survolait le célèbre pont de la Golden Gate, à San Francisco, alors en voie d'achèvement.

Puis il piqua droit sur le Pacifique.

Il fallut moins de 16 h à Amelia Earhart pour se poser à Honolulu.

Le 20 mars à l'aube, elle décollait pour Howland, petite île du Pacifique située à l'est de la Nouvelle-Guinée. L'étape était si longue qu'il avait fallu prévoir un très important supplément d'essence. Fut-ce à cause de cette surcharge ? L'appareil prit mal le départ, oscilla, s'inclina et s'abattit au sol en brisant une de ses ailes. Déjà l'aviatrice avait coupé le contact pour éviter que l'essence prenne feu. Personne n'avait été blessé, mais lady Lindy ressentit durement son échec.

Il fallut expédier l'Electra aux usines Lockheed pour le faire réparer; et, entre-temps, l'itinéraire du raid fut modifié : il se ferait d'ouest en est, "par suite des conditions météorologiques", fut-il dit au public.

Le capitaine Manning, dont le congé venait à expiration, dut, à son grand regret, renoncer. Seul Fred Noonan demeura fidèle à Amelia.

Le 17 mai, celle-ci récupérait l'Electra remis à neuf. Le 20 mai 1937, l'avion prenait un nouveau départ, en Californie comme la première fois, d'où il gagna Miami, en Floride.

Puis ce fut une série de vols éblouissants, coupés de prestigieuses escales, dont le récit paraissait au fur et à mesure dans tous les journaux du globe.

Le monde, retenant son souffle, suivait avec passion les exploits d'une femme qui surpassait les plus grands as masculins de l'aviation.
Après la Floride, d'où l'Electra repartit seulement le 1er juin (quelques aménagements avaient dû être apportés à l'appareil), ce fut Porto Rico, puis le Venezuela, puis le Brésil, atteint le 4 juin à Fortaleza après avoir survolé 950 milles* de jungle et 380 milles d'océan.

Toujours au Brésil, Amelia vola de Fortaleza à Natal, où elle embarqua une quantité d'essence qui parut énorme : 900 gallons** ! N'avait-elle pas à franchir, d'un bond, pour arriver en Afrique, 1 900 millles d'océan ?

Le 7 juin, l'Electra atterrit à Saint-Louis du Sénégal au milieu d'un enthousiasme délirant.
Les aviateurs s'accordèrent 48 heures de repos, qu'ils passèrent d'ailleurs à étudier les cartes et les rapports de stations météorologiques.
Goa, Fort-Lamy (Tchad), Soudan anglo-égyptien, Éthiopie, Érythrée…
Un nouveau bond de géant et les voici à Karachi, dans le Pakistan (alors les Indes).
Une enjambée de 1 400 milles dépose les aviateurs à Calcutta ; d'où ils gagnent la Birmanie.

Nous sommes au 19 juin et la mousson se fait gênante ; des torrents de pluie, chassés par des rafales de vent, retardent la marche de l'avion. Aussi, en arrivant à Java, Amelia doit-elle s'accorder quelque jours à terre afin de faire vérifier minutieusement les moteurs de son appareil. Elle a accompli les trois quarts de son fabuleux voyage. Il faut être dans les meilleures conditions possibles pour entamer le dernier.
Le 27 juin, nous la retrouvons en Indonésie, dans l'île de Timor ; le 28, à Port Darwin, en Australie. Là, nouvel arrêt de 2 jours, dont on ignore les raisons.
Le 1er juillet, l'Electra est à Lae, en Nouvelle-Guinée. Il ne lui reste plus à parcourir que 7 000 milles : une misère, après ce qu'il a déjà couvert.

Déjà l'on considère la partie comme gagnée.

Source: Externe

En réalité, Amelia c'est que l'étape Nouvelle-Guinée - île Howland sera très dure.
Il lui faut franchir d'un coup d'aile plus de 2 500 milles au dessus de l'océan et découvrir dans cette immensité liquide un minuscule îlot de 2 milles de long sur 1 demi-mille de large, récemment équipé (à son intention) d'un aérodrome de fortune.
Et aussi, et surtout… mais de cela il n'est pas encore temps de parler.
Un îlot de sable blond, paresseusement allongé sous les palmes au sein d'une mer bleu cobalt... Cette image enchanteresse ne cachait pas à Amelia la dure réalité. Elle savait que l'étape serait rude...

Le gouvernement des États-Unis avait, lui aussi, ses raisons pour pressentir - en partie - les difficultés qui attendaient la courageuse aviatrice. Aussi, pour la guider si elle venait à s'égarer, avait-il envoyé 3 de ses bateaux pour jalonner le parcours de l'avion.
Le Swann se tenait à mi-chemin entre Howland et Honolulu (îles Hawaï) ; l'Ontario, entre Lae (Nouvelle-Guinée) et Howland ; enfin, aux abords de cet îlot si difficile à repérer, un garde-côte, l'Itasca, muni de puissants postes de radio, se tenait prêt à capter les signaux émis par lady Lindy et à la conseiller pour son délicat atterrissage.
Le 2 juillet (c'était en réalité le 1er, à cause du décalage horaire), l'Electra, lourdement chargé, décolle de Lae en rugissant de tous ses moteurs, pour foncer en plein Pacifique.
Il est midi 30.

Ce ne serait pas exact de dire que nul n'entendra plus parler de lui, car l'Itasca interceptera ses ultimes signaux ; mais nul œil (américain…) ne le reverra plus.
La journée s'écoula sans que le garde-côte reçût les signaux qu'il attendait.
Entre-temps, les conditions météorologiques s'étaient détériorées à une vitesse effrayante : le vent soufflait par rafales, charriant de lourds bancs de nuages ; la mer, soulevée, sifflait sous le fouet de la tempête.
À bord de l'avion, Fred Noonan ne pouvait plus entrevoir les étoiles à travers les nuées qui enveloppaient l'avion ; une pluie torrentielle, traversée d'éclairs et de coups de tonnerre, déséquilibrait l'appareil dans les réserves d'essence baissaient dangereusement. Amelia estimait qu'elle était encore à environ 600 milles de Howland : elle n'avait plus de carburant que pour 2 heures de vol et elle ignorait tout du point précis où elle se trouvait.

Tournant en rond pour essayer de découvrir l'îlot, elle se mit à émettre des signaux pour toucher l'Itasca ; elle en reçut une réponse et reste en communication avec lui pendant un certain temps :
-Approximativement 100 milles de Itasca, position douteuse, disait l'aviatrice.
Une heure plus tard, elle ajoutait :
-Volons en cercle en essayant de trouver l'île.
Puis, le dernier message :
-Ligne de position 157-337 degrés. Volons nord et sud.
Et tout se tut.
« Volons nord et sud »... Cette énigmatique expression signifiait sans doute qu'à partir du point où elle se trouvait, Amelia cherchait désespérément Howland soit au nord, soit au sud de cette position.
Mais elle ne la découvrit jamais.

Pendant plus de 3 jours, la marine des États-Unis fit des efforts frénétiques pour retrouver l'Electra. Malheureusement, ses recherches n'avaient pour point de départ que des rapports incomplets et parfois sibyllins. Malgré tant de dévouement - et 4 millions de dollars dépensés pour retrouver leur héroïne nationale - les Américains n'aboutirent pas. Et c'est pourquoi, un beau matin, ou plutôt un matin de deuil, les journaux parurent avec d'énormes manchettes :

AMELIA EARHART ENGLOUTIE DANS LE PACIFIQUE.

23 années passèrent.             

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Ce fut en effet le 27 mai 1960 qu'un article du Times, journal américain, éveilla l'intérêt du reporter Fred Goerner. Il faisait état de certains bruits selon lesquels Amelia Earhart et Fred Noonan auraenit en réalité été capturés par les Japonais et seraient morts en leur pouvoir sur l'île de Saipan, capitale de l'archipel des Mariannes.
Fred Goerner se jura de tirer la chose au clair.
Il devait consacrer 6 ans de sa vie à y parvenir ; et le résultat de tant d'efforts fut un livre passionnant, auquel nous devons l'essentiel de ce récit***.

Reportons-nous donc à l'époque de la disparition de l'Electra : l'été de 1937. Deux ans seulement avant le début de la seconde guerre mondiale. 3 ans et demi avant l'attaque-surprise, foudroyante, du Japon sur la flotte américaine ancrée dans Pearl Harbor. Et déjà le Japon pense à abattre la formidable puissance américaine pour se substituer à elle.

Après la Première Guerre mondiale, le Japon a reçu mission de la Société des Nations pour prendre en tutelle une partie des îles du Pacifique - celles-là mêmes qui, au cours des années 1942-43, formeront l'enjeu d'une des plus formidables batailles de l'Histoire, la bataille du Pacifique.
Contrairement au mandat précis qui leur a été donné, les Japonais ne se contentent pas de veiller au bien-être et au développement des autochtones : ils utilisent les îles à des fins militaires, y établissant de formidables bases secrètes, des installations ultra-modernes et soigneusement cachées.
Une poigne de fer courbe les autochtones sous la loi des occupants et leur interdit tout commentaire et surtout toute indiscrétion.

Ce secret, le Japon est décidé à le préserver à tout prix. Aucun navire autre que japonais n'est autorisé à s'approcher des îles.

Il n'est pas question non plus d'en permettre le survol par des avions étrangers, surtout des avions américains, fussent-ils pourvus d'un équipage aussi prestigieux que celui de Fred Noonan et de l'illustre lady Lindy.

Cependant, pas une seconde le gouvernement des États-Unis n'imagina qu'une aviatrice aussi célèbre pourrait être détenue par les Japonais, au cas où un accident arriverait à l'Electra au-dessus des îles confiées au Japon.
Comme jadis le duc de Guise pensant à Henry III, alors qu'on venait de le prévenir que le roi songeait à l'assassiner, le président Roosevelt s'était dit en songeant à un acte semblable de la part du Japon : « Il n'oserait ! »
Henry III avait osé. Et le Japon fit de même.

Mais comment Amelia Earhart s'était-elle aventurée si loin de son but ? Avait-elle été à ce point déportée par la tempête ? Et ses réserves d'essence suffisaient elles à l'amener jusqu'à Saipan, après s'être trouvée aux environs de l'îlot qu'elle avait si désespérément cherché ?
Telles étaient - entre beaucoup d'autres - les questions que se posait Fred Goerner.

En 1960 cependant, ni Saipan, ni les îles Marshall, ni les Carolines n'étaient plus sous contrôle japonais, mais sous contrôle américain. Alors pourquoi Goerner rencontra-t-il tant de difficultés pour tirer au clair le sort d'Amelia Earhart ?
On trouve à cela 2 raisons, dont l'une est extrêmement curieuse. La première fut l'attitude des autochtones, encore sous l'impression de l'occupation japonaise, de sa brutalité et de ses exigences : ils ne se croyaient pas encore en droit de révéler ce que les Japonais leur avaient si impérieusement ordonné de cacher. La seconde, et la plus étonnante, est que les États-Unis, ayant succédé au Japon sur le sol de les îles, les utilisaient de la même façon que leurs prédécesseurs, en faisant un champ d'expériences ultra-secrètes, dans des bases soigneusement cachées à leurs propres compatriotes !

Les efforts de Fred Goerner, au lieu d'être encouragés, furent donc contrecarrés de la façon la plus tortueuse pendant 6 ans.
Lorsque enfin le secret fut levé sur les îles, et que la persévérance du reporter finit par porter ses fruits, il découvrit - et ce n'est pas là le moins surprenant de l'affaire ! - que le gouvernement des États-Unis connaissait depuis belle lurette le sort de l'aviatrice et de son navigateur.
Tous deux étaient morts en captivité à Saipan, base de l'état-major secret japonais, après avoir été capturés aux îles Marshall où leur avion, à bout d'essence, était venu se poser.

îles Marshall

Fred Goerner découvrit encore ceci : ce n'était pas fortuitement, et parce qu'un typhon l'avait déporté, que l'avion d'Amelia se trouvait au-dessus des Marshall. Lady Lindy avait été chargée par le président Roosevelt de survoler les îles sous mandat nippon et d'y repérer, si possible, les installations secrètes des Japonais.
En d'autres termes, elle accomplissait volontairement une dangereuse mission d'espionnage, pour laquelle son avion avait été équipé d'appareils spéciaux, notamment de réservoirs supplémentaires lui assurant un très large rayon d'action.

Le typhon avait été le grain de sable enrayant l'engrenage si bien préparé de cette mission secrète : ne pouvant se repérer, égarée au-dessus du Pacifique, Amelia Earhart avait été contrainte de poser son appareil aux îles Marshall.
Tombée aux mains des Japonais, elle se vit traitée par eux comme l'espionne qu'elle était.
Contrairement à Fred Noonan, qui fut vraisemblablement exécuté, il semble qu'elle mourut de maladie, peut-être de dysenterie.

Il existe dans le monde secret de l'espionnage une règle absolue, qui ne peut être en aucun cas transgressée : capturé par l'ennemi, un espion ne peut jamais être réclamé par son gouvernement ; celui-ci doit l'abandonner à son sort.
Telle est la règle que tous les espions connaissent et, par avance, acceptent.
Ainsi Roosevelt ne pouvait rien pour Amelia.
Ainsi le Japon savait que Roosevelt ne pouvait rien.
Sans doute Amelia, avant son départ de Lae, avait-elle fait d'avance le sacrifice de sa vie pour servir son pays.

On ne peut cependant lire sans émotion un document figurant au dossier Earhart, dans les cartons de l'administration des États-Unis. Ce document, émanant du gouvernement français, informait les Américains qu'une Française, Mme Geneviève Barrat, avait ramassé sur la plage de Soulac-sur-Mer, en octobre 1938, une bouteille contenant un feuillet de papier, sur lequel étaient tracés ces quelques mots.

Amelia Earhart et Fred Noonan sont prisonniers, Jaluit atoll, îles Marshall.

Une bouteille à la mer… si lourde d'espoir...
Fred Goerner sut encore que les corps d'Amelia et de Fred, retrouvés à l'île Saipan après son occupation par les troupes américaines, avaient été rapportés et inhumés aux États-Unis, en un lieu qui reste secret - même pour leurs familles.
La dépouille de lady Lindy ne repose donc pas dans les profonds abîmes du Pacifique, mais dans la terre de sa patrie.

*Dans l'aviation, les distances sont toujours évaluées en milles marins (1 852 m).

**Environ 3 000 litres.

*** Mission double : la fin du mystère d'Amelia Earhart, par Fred Goerner.

Rapporté par Yvonne Girault