Dans son livre, "Dialogue avec l'au-delà", James Pike ralate les incidents paranormaux qui se sont produits dans son entourage immédiat, peu après le suicide de son fils. Bien que dubitatif au début, il finit par se convaincre que c'était bien son fils qui se manifestait, depuis l'autre côté, et il entreprend d'entrer en contact avec lui. Personnellement, je ne suis pas de cet avis... même si je peux comprendre qu'un père se laisse plus facilement convaincre.

Lorsque le dimanche 20 février 1966, j’entrai dans ma chambre, à Cambridge, je remarquai, posées sur le sol près de la table de nuit, entre les deux lits jumeaux, deux cartes postales retournées du côté de l’image, et formant entre elles sur le parquet un angle de 140°. Le fait eût été tout à fait normal si ces cartes m’avaient appartenu, mais c’était la première fois que je les voyais. Je rentrais d’un long week-end, et durant mon absence de Cambridge, ma femme de ménage avait dû nettoyer à fond l’appartement. Cette personne s’était montrée si consciencieuse dans son travail jusqu’à aujourd’hui, qu’il semblait très improbable qu’elle eût laissé quoi que ce fût traîner sur le plancher.

-Eh, venez voir ! criai-je à mes deux amis, qui accoururent dans la chambre.

Nous commençâmes alors à examiner et à discuter le premier d’une longue suite d’évènements plus complexes et plus insolites que tout ce que j’avais vécu jusqu’à ce jour. C’est ainsi que soudainement, sans avertissement, et plutôt à contrecoeur, je me trouvai engagé dans des recherches qui constituaient pour moi un domaine tout à fait nouveau.

Quinze jours plus tôt exactement, mon fils aîné Jim mourait à l’âge de 20 ans. À l’aube du vendredi 4 février 1966, il se suicidait dans une chambre d’hôtel de New York. Il va sans dire que cette tragédie, étant donné les circonstances, m’avait très profondément affecté, psychologiquement et moralement. Mais reconstituer l’affaire en un tout cohérent qui expliquerait son suicide devint infiniment plus ardu après les étranges phénomènes qui débutèrent à Cambridge, en ce soir d’hiver.

Cambridge, en Angleterre

Puisque aucun de nous trois n’avait jamais vu ces cartes auparavant, c’était donc la femme de ménage qui les avait fait tomber. Questionnée à ce sujet, elle déclara qu’elle ne savait rien. Je la tenais pour une brave et honnête personne, et nous ne pouvions mettre sa parole en doute. Nous ne trouvâmes aucune explication à la présence de ces cartes sur le plancher puisqu’elle fermait toujours la porte à clef en quittant l’appartement. L’incident était curieux mais non extraordinaire et bien que cela nous fît penser à Jim qui ne manquait pas d’acheter des cartes postales dans chaque nouvel endroit qu'il visitait, il ne nous vint pas à l’idée qu’il pût être mêlé à cet évènement. Nous décidâmes de fermer soigneusement à clef l’appartement à chaque sortie, ce qui jusqu’ici nous avait paru superflu, et d’empêcher ainsi quiconque d’entrer en notre absence. La femme de ménage continua de faire de même.

Le matin du 22 février, il se passa quelque chose d’encore plus inexplicable. David et moi étions déjà attablés devant le petit déjeuner lorsque Maren vint s’asseoir avec nous. David lui dit immédiatement :

-Qu’est-il arrivé à vos cheveux ?

-Que voulez-vous dire ? répondit-elle.

Alors je vis moi aussi la même chose.

-Vos boucles sont en partie roussies, expliquai-je.

David et moi examinâmes les dégâts : les cheveux de Maren étaient brûlés suivant une ligne droite au-dessus du front. Ses cheveux, aux extrémités, étaient noircis – Maren était blonde – mais la peau du front ne gardait aucune trace de brûlure. Elle alla se regarder dans la glace et revint stupéfaite.

Nous échafaudâmes diverses hypothèses. Il y avait eu brûlure, sans aucun doute possible. Le résultat était aussi net qu’avec des ciseaux. Nous ne pouvions imaginer comment cela s’était produit.

Nous nous sentions mal à l’aise, en face de quelque mystère, et nous détournâmes la conversation, espérant que l’avenir nous apporterait la clef de l’énigme.

Le lendemain matin, le phénomène se répéta. Un autre tiers des boucles de Maren avait mystérieusement disparu, brûlé en droite ligne. Nous étions désemparés et perplexes. Il n’y avait aucune explication logique. Maren prit finalement le parti d’en rire :

-Après tout, tant pis, ou tant mieux pour les gens qui n’aimaient pas mes boucles.

Je fus frappé par ces paroles : je me rappelai que Jim m’avait dit, un jour à San Francisco après que nous eûmes porté chez Maren quelque travail à faire, qu’il n’aimait pas ses boucles. Il lui avait dit crûment, avec sa franchise brutale, qu’elle ferait mieux de les couper !

Le lendemain 24 février, nous devions aller à Londres pour effectuer séparément différentes démarches que nous nous étions partagées. Je m’éveillai le premier, je fis le café, éveillai David et me dirigeai vers la chambre de Maren. Comme je levais la main pour frapper à la porte, j’entendis un cri de douleur. Entrouvrant légèrement le battant pour ne pas la déranger, je dis :

-Maren ?

Il n’y eut pas de réponse. Je passai la tête. Elle était assise dans son lit et regardait la fenêtre, comme si elle était en transe ; apparemment en réponse à ma présence, elle murmura quelques mots inintelligibles, parlant de « ceux qui sont dehors » et des « archidiacres ».

Entre-temps David, qui avait entendu Maren crier, m’avait rejoint, et nous restions plantés là, sans trop savoir quoi faire. Son visage reflétait la peur couplée à l’horreur.

Nous nous écriâmes :

-Maren !

Elle gémit doucement, comme si elle était dans un sommeil profond dont elle tentait de s’extirper.

-Maren, que se passe-t-il ?

Elle se réveilla, saisit sa main droite avec sa gauche et, gémissant de douleur :

-Oh ! mes ongles ! dit-elle.

Nous examinâmes ses mains. Les ongles des troisième et quatrième doigts étaient cassés et saignaient. On eût dit qu’on avait enfoncé en-dessous un instrument pointu ou une aiguille. L’un des ongles était complètement cassé et tomba un peu plus tard. L’autre ne l’était pas mais la chair était blessée.

Ongle cassé

-Nous devons appeler un médecin, dis-je, sentant qu’il était urgent de faire quelque chose.

David et moi étions tous les deux bouleversés ; tout cela paraissait si étrange.

-Non, cela ira, dit Maren sans grande conviction.

David errait dans la chambre, grandement perturbé.

-C’est impossible, nous allons manquer nos rendez-vous.

J’étais d’avis qu’il avait raison, mais je sentis que sa réaction traduisait plutôt notre impuissance à dominer la situation que la crainte de manquer à nos obligations de Londres. Cependant nous ne pouvions pas laisser Maren dans cet état.

-Y a-t-il ici des médicaments ou quelque chose dans ce genre ? dis-je, bien que je fusse le seul qui eût dû le savoir.

-Je vais voir.

C’était Maren qui répondait elle-même en se dirigeant vers la porte.

-Mettons-nous à la recherche de quelque indice, dis-je à David. C’est un instrument pointu qui s’est enfoncé sous les ongles de Maren.

Nous ouvrîmes les tiroirs, regardâmes sous le lit, sur le parquet, dans l’armoire. Rien. Nous ne trouvâmes aucun objet pointu, ni épingles ni aiguilles. Maren revint, son ongle cassé recouvert d’un pansement fixé par un sparadrap.

David dit, hurlant presque :

-Mon Dieu, Maren ! Vos boucles sont toutes brûlées !

Nous nous précipitâmes vers elle pour les examiner à nouveau, cet incident semblant immanquablement se répéter de façon incompréhensible.

-Que se passe-t-il dans cette maison ? demandai-je, sachant qu’il n’y aurait pas de réponse.

David et moi interrogeâmes Maren sur son rêve à propos des « archidiacres ». Elle n’avait pratiquement aucun souvenir et je me bornai à rappeler à David – Maren l’ignorait – que « archidiacre » signifiait jadis « archidémons ». Pendant le Moyen Âge, les « archidiacres », administrateurs diocésains, étaient des fauteurs de troubles si impopulaires qu’on les appelait « les yeux de l’évêque » (oculi episcopi). C’était un sujet de discussion très courant à époque dans les universités : « Un archidiacre a-t-il droit au salut ? »

Mais rien de tout cela ne contribuait à dissiper l’impression décourageante que nous étions en plein mystère.

Le temps pressait. Il nous fallait partir immédiatement pour ne pas manquer nos rendez-vous de Londres. Après nous être habillés, nous prîmes un rapide petit déjeuner, et courûmes vers le garage. Nous n’étions pas en très bonne forme. Pour ma part, je me souviens que mon petit déjeuner me resta longtemps sur l’estomac.

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