Les narines d’un homme palpitent vers 8 h du soir, dans un appartement de la North Pine Grove avenue à Chicago. Reconnaissant une odeur de brûlé, il quitte un instant la télévision pour jeter un coup d’oeil à la cuisine. Sa femme vide le lave-vaisselle, donc l’odeur ne vient pas d’ici. Il ouvre la porte et sort sur le palier. L’odeur se fait alors plus précise. Elle vient de l’appartement voisin où demeure une belle étrangère aux cheveux noirs, de 48 ans, qu’il a quelquefois croisée. L’homme se précipite au téléphone pour prévenir le gardien et retourne sur le palier sonner à la porte voisine sous laquelle glissent des lambeaux de fumée. Deux minutes se sont écoulées lorsque le gardien le rejoint et lui demande, essoufflé :

-Il n’y a personne ?

-Je ne sais pas. Ça fait plusieurs fois que je sonne, ça ne répond pas. Si vous avez un passe-partout, il faut entrer…

-Vous croyez ? Et si ça provoque un appel d’air ? Il vaut mieux attendre les pompiers. Je viens de les appeler. Ils seront là dans un instant.

Dès que les pompiers surviennent, le gardien utilisant son passe-partout, ouvre la porte. Tout d’abord il ne distingue que d’épais nuages de fumée à quelques centimètres au-dessus du sol. Un pompier et le gardien franchissent le seuil et aperçoivent avec surprise au milieu de l’entrée, une pile de vêtements qui brûlent. Écartant du bout de sa botte l’un de ces vêtements, le pompier découvre le corps  nu d’une femme. Un couteau plein de sang est enfoncé jusqu’à la garde dans sa poitrine. Les pompiers retirent les vêtements puis éteignent le feu. La victime est une belle brune, de 48 ans, du nom de Teresita Basa, originaire des Philippines. Un policier entreprend une fouille rapide de l’appartement et revient dans l’entrée pour déclarer au jeune chef de la police qui vient d’arriver :

-A première vue elle a dû être violée, puis assassinée. Le meurtrier a sûrement mis le feu à l’appartement pour effacer les traces de son acte.

Le jeune chef de la police est maigre, son nez maigre est chaussé de lunettes. Autoritaire et décontracté, très « jeune cadre supérieur de l’administration bancaire ». Il sourit :

-Et pour mettre le feu à l’appartement, il se serait contenté d’enflammer les vêtements de sa victime ? Il est idiot notre assassin…

Le policier tend un bloc-notes :

-J’ai trouvé ça aussi.

Sur ce bloc, une note brève d’une grande écriture féminine où le jeune chef lit : « Prendre des tickets pour A. S. » Au gardien, aux voisins et à toutes les personnes présentes, le policier demande s’ils connaissent un parent ou un ami de la victime dont le nom comporterait les initiales A. S… Personne ne connaît ; il jette un regard autour de lui :

-Pas de désordre ? Rien n’a été dérobé ?

-Apparemment non…

-La porte n’a pas été forcée ?

-Non. La victime a dû ouvrir elle-même. Peut-être à « ce » ou « cette » A.S…

Tandis que les hommes du laboratoire prennent des photos du corps sous tous les angles et relèvent les empreintes digitales, le jeune policier interroge le voisin :

-Ce qui m’a alerté, c’est l’odeur. Mais je n’ai pas entendu de bruit, et je n’ai vu personne entrer.

De son côté, le gardien déclare :

-Teresita était une femme tranquille. J’ai l’impression qu’elle menait une vie très régulière.

Une rapide enquête permet de préciser que Teresita est avant tout musicienne et ne s’est jamais mariée. Elle ne laisse ni mari, ni enfant, ni fiancé. Arrivée des Philippines il y a une quinzaine d’années, elle a obtenu un diplôme de l’Université d’Indiana. Mais estimant que ses études n’étaient pas finies, elle est venue à Chicago pour faire une thèse de doctorat en musique. Elle a écrit un livre et donnait des leçons de piano. Lorsqu’il lui fut impossible financièrement de poursuivre ce genre de vie, elle décida de changer de métier et entra comme infirmière à l’hôpital Hedgewater à Chicago.

-C’était quelqu’un ! explique l’un de ses collègues de l’hôpital. Un bourreau de travail ! Et dès qu’elle avait une minute on la trouvait le nez dans un livre. Elle avait beaucoup d’amis. Elle était toujours prête à recevoir. Moi-même je suis allé plusieurs fois chez elle. Teresita ne buvait pas mais elle avait toujours un verre à nous offrir.

-Est-ce que vous lui connaissiez une liaison ? demande l’enquêteur.

-Non. Enfin rien de sérieux.

-Et parmi ses relations, voyez-vous quelqu’un dont les initiales seraient A.S. ?

-Je ne vois pas.

Enfin un témoin déclare avoir échangé un long coup de téléphone avec Teresita Basa vers 19 h 30. Elle lui a dit qu’elle recevait un ami et qu’il était en train de réparer la télévision. Malheureusement elle ne l’a pas nommé.

-Aviez-vous l’impression qu’elle cachait volontairement son nom ?

-Pas du tout. Ce devait être tout simplement quelqu’un que je ne connaissais pas.

-Parmi les personnes qui l’entouraient, l’une d’elles avait-elle un nom répondant aux initiales A.S. ?

-Non, pas à ma connaissance.

Le cadavre a été enlevé pour autopsie et l’appartement placé sous scellés. Les premiers résultats sont décevants : les empreintes digitales relevées par les policiers sont celles de la victime ; l’arme du crime elle-même n’a rien livré. Le lendemain, le visage du jeune chef de la police s’allonge encore lorsqu’il apprend que l’autopsie élimine l’hypothèse du viol : Teresita est morte vierge. Bien que la chose soit peu probable, l’assassin pourrait donc être une femme. Mais une femme ne l’aurait vraisemblablement pas dévêtue et Teresita n’était sûrement pas lesbienne. D’ailleurs, un témoin l’a affirmé, c’est un homme qui était chez elle ce soir-là. Le dénommé A.S. sans doute. Mais qui peut être cet A.S. que personne ne connaît ? La police comprend alors qu’il s’agit d’une affaire si mystérieuse qu’elle risque de rester sans conclusion. Elle ignore évidemment l’étrange phénomène qui commence, dans une petite ville de l’Illinois, à troubler la vie du docteur Munez et de sa femme.

Le docteur Carlo Munez est un petit gros aux yeux ronds et aux fines moustaches. Médecin généraliste comme il y en a des millions d’autres. Il s’intéresse vaguement à l’occultisme et l’exorcisme pour pimenter sa terne vie. Or, ce jour-là, sa femme Rita, une grande brune au type espagnol très prononcé, se lève brusquement alors qu’ils regardaient la télévision. Avec des mouvements réguliers, raides, comme mécaniques, Rita quitte le salon pour aller dans sa chambre. Le docteur, surpris, la regarde les yeux plus ronds que jamais, puis se lève à son tour et la suit. Depuis la porte il la voit s’allonger sur le lit et, les membres tremblants, regarder silencieusement le plafond, comme si elle entrait dans une sorte de transe.

-Qu’est-ce qu’il y a, Rita ? demande le docteur.

N’obtenant toujours pas de réponse, il décide alors d’agir comme si sa femme était brusquement possédée. Il lui demande :

-Qui êtes-vous ?

Le petit docteur est horrifié quand il voit et entend sa femme lui répondre d’une voix étrange, une voix nouvelle qu’il n’a jamais entendue auparavant :

-Ako’v Teresita Basa…

-Ako’v ? Qu’est-ce que ça veut dire ?

-Ako’v, ça veut dire « Je suis » dans la langue Tagalogue qui est courante aux Philippines et que j’ai souvent parlé dans mon enfance. Je suis Teresita Basa.

Et puis, toujours de cette voix nouvelle, cette voix étrangère qui glace le petit docteur, Rita, ou plutôt Teresita Basa raconte une affreuse histoire d’assassinat qui se serait produit dans un appartement de Chicago le 21 février dernier. Bien entendu le petit docteur questionne :

-Mais qui a été assassiné ?

-Moi Teresita Basa.

-Comment ça s’est passé ?

-L’assassin est venu à 7 h du soir. Je l’ai laissé entrer car c’était mon ami. Dès que nous avons été seuls, il s’est jeté sur moi.

-Pour vous violer ?

-Non, je suis morte vierge. Il m’a poignardée.

Puis, aux nouvelles questions du petit docteur Rita ne répond plus. L’esprit de Teresita Basa semble l’abandonner et lorsqu’elle sort de sa transe elle redevient Rita et ne se souvient plus de rien.

-Mais au moins as-tu connu cette Teresita Basa dont tu viens de me parler ? insiste son époux.

-Oui. Nous avons travaillé ensemble à l’hôpital Hedgewater quand nous étions à Chicago, mais nous ne sommes jamais devenues des intimes. Et depuis cette époque je n’ai pas eu de ses nouvelles.

Après avoir longuement réfléchi, le docteur Munez décide de ne parler de cet événement à personne de peur de paraître ridicule. Quelques jours plus tard, Rita, au beau milieu du dîner se lève et part dans sa chambre : « Zut, ça recommence... » pense le petit docteur. En effet ça recommence. Rita, allongée sur son lit, est devenue Teresita, et avec la voix de Teresita elle raconte à nouveau son assassinat, mais cette fois elle conclut :

-Il faut prévenir la police ! Il faut absolument prévenir la police !

-Mais s’il y a eu un assassinat dans l’appartement dont vous parlez, la police doit être au courant. Il faudrait le nom de l’assassin.

-Il s’appelle Allan Showery. Il a 30 ans et il travaille à l’hôpital Hedgewater de Chicago.

Pourtant le petit docteur décide encore une fois de ne pas prévenir la police. Il préfère en parler à quelques amis médecins, mais aucun ne sait quel conseil lui donner. Au cours d’une troisième transe, la femme du petit docteur, en hurlant, l’implore de prévenir la police.

-Mais il faudrait une preuve ! On ne peut pas prévenir la police sans une preuve.

-Voici une preuve, répond la possédée. L’assassin a pris mes bijoux pour les donner à sa petite amie.

-Comment sont vos bijoux ?

La possédée fournit alors une description exacte des bijoux volés. Cela fait, Teresita Basa quitte la possédée qui redevient madame Rita Munez.

Cette fois le petit docteur pense qu’il n’a plus le choix : il appelle la police. C’est le mois d’août, et depuis quelque temps, le meurtre de Teresita Basa commençait à entrer dans l’oubli : ses restes étaient repartis pour les Philippines et on ne savait toujours rien de son assassin. L’enquête menée sur elle aux Philippines n’avait apporté que des détails sur sa vie passée. Née dans une des meilleures familles de cette nation troublée, Teresita y a vécu les années de crise puis celles de la Seconde Guerre mondiale dans la maison de ses parents. C’était une enfant très sensible dont l’unique recours pour échapper à cette période tragique était de s’asseoir au piano dans le salon et de jouer des classiques pendant des heures.

Au début des années 1950, alors que la révolte de certaines tribus locales faisait rage, Teresita avait 30 ans. Elle commençait une nouvelle carrière comme étudiante à l’Assomption College de Manila. Mais, pour progresser, il lui fallait aller dans un pays plus évolué. Elle choisit celui qui avait les liens les plus étroits avec les Philippines et fut admise à un cours de musique de l’Université d’Indiana. Bien qu’elle éprouvât quelques regrets à se séparer de sa famille, elle n’eut de cesse d’être en Amérique, où elle devait mourir. C’est pourquoi, lorsque le jeune chef de la police rend visite au petit docteur, il ne croit guère à l’utilité de sa démarche. D’autant que les explications données par l’intermédiaire de la police locale ont été pour le moins confuses. Lorsqu’il s’asseoit dans une petite maison d’Evanston devant le petit docteur et la brune Rita, ceux-ci semblent très embarrassés devant ce jeune cadre de la police à l’air tout à fait sérieux.

-Vous croyez à l’occultisme et à l’exorcisme ? demande le petit docteur, gêné.

Tête du jeune chef ! Cela concorde si mal en effet avec sa mentalité rationaliste de cadre supérieur et ambitieux. Il est cependant prudent.

-Ça dépend. C’est possible… Je n’ai jamais été témoin de ce genre de manifestation.

-Moi, si, dit le petit docteur. Dans l’exercice de mon métier, j’ai été parfois obligé de reconnaître des phénomènes de ce genre. Et cela vient de se produire dans notre propre maison. Et d’un trait, il raconte son histoire.

Le jeune chef, tout d’abord incrédule, est ensuite terriblement intrigué, car la soi-disant possédée a fourni une précision troublante, qui n’a jamais été publiée par la presse. À savoir que Teresita Basa était vierge. Ensuite le nom de l’assassin qu’elle dénonce, Allan Showery, correspond aux initiales A.S. Enfin, elle propose un fait nouveau : ce vol de bijoux que la police n’a pas remarqué. Et elle en donne une description tellement précise qu’il en est déconcerté. Dès la fin du récit du petit docteur et de sa femme, il saute dans sa voiture pour se rendre à l’hôpital Hedgewater de Chicago à la recherche d’un certain Allan Showery. Or, il apprend à cet hôpital qu’un employé répond en effet au nom d’Allan Showery, qu’il a 30 ans et qu’il vit dans un appartement de la West Schubert avenue ! Le même jour, il se rend chez le suspect, un beau garçon blond au visage un peu fade qui vit en compagnie de sa petite amie allemande, Helen Brott, depuis sept ans. L’interrogatoire commence :

-Connaissiez-vous Teresita Basa ?

-Oui, je l’ai connue.

-Avez-vous été chez elle ?

-Oui.

-Y étiez-vous le soir de sa mort ?

-Non.

Questionné à un rythme soutenu, Allan Showery modifie un peu son histoire. Il admet être venu chez Teresita vers 7 h pour réparer la télévision mais il affirme être rentré chez lui très tôt ce soir-là, et avoir laissé Teresita en pleine forme. Le jeune policier, en réalité, l’écoute à peine. Il n’a d’yeux que pour Helen Brott, sa petite amie, qui porte un étrange bijou en perles, très beau. Or, ce bijou correspond exactement à la description qu’en a faite, lors de sa dernière transe, la femme du docteur Munez. Pour un rationaliste, il y a de quoi sentir le sol danser sous ses jambes.

collier

-Vous avez un très beau bijou, où l’avez-vous eu ?

La jeune femme répond avec une naïve fierté :

-Allan me l’a offert en février. C’était un peu tardif comme cadeau de Noël, mais il est si beau que je ne regrette pas de l’avoir attendu. Il m’a offert aussi un pendentif de jade.

Le jeune chef sort alors de sa poche un objet qui étincelle lui aussi et se referme sur les poignets d’Allan Showery. Dans les jours qui suivent les témoins reconnaissent effectivement les bijoux comme ayant appartenu à Teresita et Allan Showery, harcelé, finit par passer aux aveux. Mais ses avocats s’en donnent à coeur joie. Et le jeune chef en entend « de vertes et de pas mûres », à propos du motif d’inculpation. Comment un jeune fonctionnaire, occupant un grade élevé, dans une  police moderne, peut-il arrêter un homme à la suite d’une dénonciation faite par une soi-disant possédée en état de transe ?

Pourtant, le procès a lieu, et il est assez extraordinaire. Premier coup de théâtre : Allan Showery affirme qu’au moment où Teresita a été tuée il était avec des amis et que les aveux de 13 pages qu’il a faits au policier sont faux.

-Mais pourquoi avoir fait de faux aveux ? demande le juge.

-Parce que les policiers menaçaient d’emmener ma compagne Helen en même temps que moi et Helen était enceinte. Ils m’ont dit que si je n’avouais pas, ils l’arrêteraient pour complicité de meurtre, et que je ne verrais jamais l’enfant. Tandis que si j’avouais, Helen serait libre.

Helen confirme :

-C’est vrai, Allan a fait ces aveux parce qu’il ne voulait pas que notre enfant naisse en prison.

Appelé à témoigner, le jeune policier fournit une tout autre explication : Allan Showery a avoué après une rencontre dramatique avec la jeune Helen enceinte de 8 mois : « Je ne veux pas que tu m’attendes… a-t-il dit, car je ne reviendrai pas. Vends la voiture et l’appartement, va chez tes parents et veille sur l’enfant. » Comme la Défense l’accuse de mauvaise foi et de naïveté, le juge remarque avec bons sens :

-Les aveux sont-ils vrais ou faux ? Je ne sais. L’esprit de Teresita Basa a-t-il habité par trois fois Rita Munez ? Je ne sais. Mais les bijoux ont été retrouvés là où elle avait annoncé qu’on les trouverait. Si l’accusé n’a pas tué Teresita Basa, comment expliquez-vous cela, messieurs de la Défense ?

Voici alors la thèse de la Défense :

-Un jour… explique un avocat, au mois de juillet, soit près de 5 mois après le meurtre, Allan Showery a téléphoné à madame Rita Munez pour lui faire une farce. Madame Munez s’est mise en colère. Quelques heures plus tard elle apprenait que son job à l’hôpital était terminé. Convaincue qu’Allan Showery y était pour quelque chose, elle lui en voulait affreusement. Elle possédait toujours des bijoux que la victime lui avait prêtés l’année précédente. Elle les a vendus à Showery pour qu’ils soient découverts chez lui et qu’il soit reconnu coupable du meurtre.

La Défense n’accuse pas madame Rita Munez d’avoir tué Teresita Basa parce qu’il a été établi que c’est un homme qui était chez elle ce soir-là, mais c’est tout juste. Les jurés se retirent enfin pour délibérer, mais ils discutent pendant 13 heures, et renoncent à se prononcer. Un nouveau procès est fixé pour le 14 février. Mais il n’y aura pas de second procès. Quelques jours avant cette date, Allan Showery, à la surprise générale, décide de plaider coupable. Il est condamné à 14 ans de prison pour meurtre, plus 2 fois 4 ans pour incendie criminel et vol avec violence. Il pourra bénéficier de la libération sur parole après avoir purgé la moitié de sa peine selon la loi de l’état de l’Illinois.

Rapporté par Pierre Bellemare, dans Dossiers secrets


Ce que j’en pense :

Bien que croyant à la véracité de cette histoire (il y a d'ailleurs une vidéo sur youtube - je crois - où le policier en parle brièvement, tout en reconnaissant qu'il ne peut l'expliquer) je m'interroge sur les véritables causes de cette "possession" (plutôt une emprise psychique, selon moi). 

Et franchement, cela m'étonnerait fort que la victime y soit pour quelque chose. Ce serait un cas exceptionnel ? 

Le nombre de personnes victimes d'un meurtre depuis que l'humanité est sur terre doit être très très élevé. Et dans le lot, nul doute que certaines aient dû éprouver l'envie de se venger, ou de dénoncer, à leur manière, le coupable... Donc, en toute logique, de tels cas devraient être plus fréquents. Il n'en est rien. 

Car, une chose est sûre, il n'y aurait pas meilleur moyen de faire baisser la criminalité ! 

Or, nous pouvons constater que les tueurs en série, etc... s'en tirent bien de ce côté-là. Pas d'intervention de... l'au-delà, et si ce ne sont pas les policiers qui les arrêtent, ils n'ont rien à craindre. Et pourtant, les raisons d'intervenir depuis l'autre côté étaient autrement plus urgentes. Il n'empêche, pas une seule de leurs victimes n'a cru bon d'agir pour mettre fin à leur sinistre carrière. 

M'est avis qu'il faut chercher ailleurs... Souvenons-nous que le mari de Rita était passionné d'occulte... 

Il arrive aussi (même si c'est rare) où la "victime" revient d'entre les morts pour tuer son meurtrier. Là aussi, difficile (en tout cas pour moi) de croire que c'est vraiment son fantôme... J'ai quand même du mal à envisager que les défunts puissent s'immiscer à ce point dans les affaires d'un monde qui n'est plus le leur. Je dois dire que les interprétations au premier degré, dans de tels cas, me gênent... 


En relisant La vie après la vie (expériences sur l'au-delà), de D. Scott Rogo, j'ai relevé d'autres faits d'importance concernant cette affaire : 

« Cette étrange histoire d'une morte donnant le nom de son assassin aurait sans doute été reléguée aux oubliettes des faits divers si la presse locale de la communauté philippine n'en avait eu vent. Les journalistes du Philippine Herald se heurtèrent à un mur lorsqu'ils essayèrent d'obtenir des renseignements sur l'affaire auprès de la police. Mais le directeur de la publication, Gus Bernardes, se rendit compte qu'il connaissait les Chua*. Cela lui permit de réaliser une enquête fouillée qui l'amena à prendre connaissance des autres bizarreries de nature métapsychique de cette affaire.  

Ainsi il découvrit que plusieurs collègues de Mme Chua s'étaient plaints de son comportement durant la semaine qui avait précédé le tournant de l'affaire. En effet, elle entrait en transe et se mettait à chanter avec la voix de Teresita, ce qui les avait effrayés. Le Philippine Herald relata l'affaire dans son numéro du 16 août, mais il fallut attendre le 5 mars 1978, date à laquelle le Tribune de Chicago lui consacra sa première page, pour que l'histoire prenne une importance nationale.  

Le procès d'Allan Showery devant en outre se tenir à cette période, l'intérêt pour cette affaire reprit, d'autant plus qu'il était inévitable que les Chua soient cités à comparaître. Par conséquent, qu'on fût sceptique ou convaincu, cette affaire semblait prometteuse. Or, un problème se présenta : Mme Chua connaissait Teresita Basa relativement bien... du moins beaucoup mieux qu'elle ne l'avait laissé entendre à la police. De plus, il était de notoriété publique à l'hôpital qu'elle connaissait Allan Showery et ne cachait pas son aversion à son égard.  

Ces nouveaux éléments amenèrent un porte-parole de l'établissement hospitalier à suggérer que les messages émanant de "la voix des esprits" dont Mme Chua s'était faite l'interprète, étaient peut-être un stratagème qu'elle avait employé pour exprimer ses propres soupçons. Le porte-parole déclara à la presse : "Je pense qu'il est possible qu'elle ait su quelque chose sur Showery, mais qu'elle n'ignorait pas qu'elle aurait pris un risque pour sa vie et celle de son mari si elle était allée voir les flics directement." Il indiqua également qu'il n'était pas impossible que Mme Chua ait vu Showery avec certains des bijoux. 

Cependant, cette théorie n'explique pas plusieurs aspects insolites de l'affaire, particulièrement le fait que la personnalité de Mme Chua avait commencé à subir des changements quelque temps avant que les messages soient transmis. Ainsi, cette employée ordinairement appréciée avait même été congédiée pour insubordination du fait des soudaines et inexplicables sautes d'humeur qui précédaient ses transes. Par ailleurs, les accusations du porte-parole n'expliquent pas pourquoi les Chua ne se contentèrent pas de donner un coup de fil anonyme à la police. Il va sans dire que, confrontés à un meurtre inexpliqué, les policiers auraient agi à partir de n'importe quelle information leur paraissant fondée. 

En 1979, de nouveaux éléments sur la dimension métapsychique de cette affaire furent dévoilés, lorsque les Chua collaborèrent à un petit ouvrage consacré à l'incident. Ainsi, on apprit que le couple avait fini par admettre que les communications à l'état de transe de l'été 1977 étaient en fait dues à un défi. En effet, durant l'enquête qui suivit immédiatement le meurtre, Mme Chua avait plaisanté en disant à ses collègues de l'hôpital que si la police ne réussissait pas à démasquer l'assassin, le fantôme de Teresita pourrait venir à elle. Elle avait vu l'apparition de la défunte quelque temps plus tard, ce qui signifie que les messages n'étaient que la conclusion d'un long processus d'envahissement de sa personnalité par Teresita. 

Cette affaire au dénouement mystérieux est à présent classée et seuls les aspects métapsychiques suscitent encore la controverse. Les cas de personnes assassinées qui reviennent d'outre-tombe pour accuser leur meurtrier semblent peut-être faire partie des contes à dormir debout. L'histoire des Chua et de leur étrange parcours métapsychique fait davantage penser aux pages d'Edgar Allan Poe qu'à une étude de cas appartenant au domaine de la recherche parapsychologique. Pourtant, ce retour de l'esprit de Teresita Bata n'est pas unique dans les annales de la science métapsychique, puisque des cas similaires ont été mentionnés dès la fin du siècle dernier. »

*Chua est le vrai nom des Munez


Personnellement, j'ai du mal à croire à une possession... 

Dans ce cas précis, il doit s'agir d'une faculté métapsychique qui aurait permis à Mme Chua de se comporter comme si elle était la défunte. N'oublions pas qu'à chaque fois, elle entrait en transe... 

Et l'on sait que la transe est un état modifié de conscience... Dans cet état-là donc, il lui a été facile de se prendre pour Teresita. C'est d'ailleurs ce qui se produit dans des séances d'hypnose, et même dans certains rêves, lorsque le dormeur vit des évènements qui sont, au même moment, vécus par un proche. Le désir du sujet de s'identifier à telle personne est si fort qu'il en vient à endosser sa personnalité. 

Dans la première version, nous apprenons que M. Chua était intéressé par l'occultisme et l'exorcisme...  

Et comme en plus, son épouse connaissait la victime, qui sait à quelles pratiques ils se sont adonnés pour faire croire que Mme Chua était possédée, de temps à autre, par l'esprit de Teresita... 

Dans l'hypothèse extraordinaire où Teresita aurait, de la sorte, dénoncé son meurtrier, on peut dire qu'elle y a été aidée, sinon contrainte et forcée... 

Mais on peut se demander pourquoi certains "défunts", fort peu nombreux et si tant est que ce soient eux, tiennent à ce que justice soit rendue, alors que tant d'autres ne se manifestent pas, quitte à laisser condamner un innocent...  

Cette histoire prouve en tout cas qu'il faut se garder d'expliquer certains faits au premier degré, et que souvent, il convient d'avoir tous les éléments pour parvenir à une explication satisfaisante.