Joseph Carrey Merrick reste l'un des cas de monstruosité les plus célèbres. Nombreux sont ceux qui connaissent son existence grâce au film Elephant man que réalisa David Lynch en 1980. Ce cas véritable suscita à l'époque une curiosité et un étonnement poussés.
De quel mal était atteint Joseph Carrey Merrick pour avoir de telles déformations ? Un inquisiteur n'aurait pas chipoté... Sa mère avait dû passer un pacte avec un démon ?
Mais, heureusement pour lui, la médecine du début du siècle s'est interrogée. On sait exactement, depuis 1986 seulement, que la maladie qui le frappa était le "syndrome Protée", du nom d'un dieu de la mythologie grecque, fils ou serviteur de Poséidon qui avait le pouvoir de se métamorphoser à volonté. Au début du siècle, on avait diagnostiqué une forme excessive de neurofibromatose rare.

Pourtant tout avait bien commencé pour Joseph. Né en 1862 dans un quartier pauvre de Leicester, au nord de Londres, c'est un bébé "normal" jusqu'à l'âge de 2 ans. Apparaît alors sur son visage une enflure puis une protubérance générale au niveau de la joue droite et de la lèvre supérieure... Une malformation aux allures de trompe, qui lui vaudra son surnom.
Sa mère explique ce phénomène par un incident pour le moins insolite survenu durant sa grossesse : elle fut poursuivie par un éléphant échappé d'un cirque. On pensait à l'époque que de tels chocs émotionnels vécus pendant la grossesse pouvaient influer sur l'aspect physique du bébé.
L'état de Joseph ne fit qu'empirer au cours des années suivantes : bosses frontales, relâchement de la peau, apparition de boursouflures cutanées, augmentation du volume du bras droit et des pieds.
Jusqu'à 12 ans, protégé par sa mère, sa vie est à peu près heureuse. Au décès de cette dernière, il doit affronter la société.

Travailler lui est difficile : à sa monstruosité physique ainsi qu'à la maladresse de ses gestes s'ajoute une difficulté de plus en plus prononcée à parler. Il essaie de vendre au porte à porte la marchandise de la mercerie paternelle, ce qui ne lui rapporte que de quoi se nourrir. Son père, après s'être totalement désintéressé de son sort, l'accuse de fainéantise et de vol. Battu et humilié, Joseph court se réfugier quelque temps chez son oncle.
Ses apparitions dans la rue lui valent une accusation de trouble de l'ordre public par la police. Fatigué et refusant d'être une charge pour son oncle, il décide de s'inscrire à l'hospice des pauvres et y passe 4 ans, entouré d'ivrognes et d'irresponsables. Il ne lui reste qu'une solution : utiliser son aspect monstrueux pour se donner en spectacle.

Joseph_Merrick

À 22 ans, il devient un phénomène de foire comme beaucoup de personnes affligées de malformations.
On le retrouve à Londres, dans une boutique d'exhibition située sur Whitechapel Road, juste en face de l'hôpital. Un heureux hasard puisqu'un jour le spectacle de l'homme éléphant attire un jeune interne en chirurgie, qui avertit aussitôt son supérieur, le Dr Frederick Treves. Intéressé par ce cas insolite, celui-ci tente de négocier avec le propriétaire de la boutique afin de pouvoir examiner et photographier l'homme éléphant moyennant finance.
Le chirurgien présente officiellement Joseph à la Société de Pathologie de Londres en 1884 mais, officiellement, personne ne trouve de réelle utilité à son "étude"... Officieusement, le cas de Joseph leur posait un problème de diagnostic. Se pouvait-il que cette malformation soit issue d'une maladie ?... Éternelle coquette, madame Médecine a horreur d'avouer son impuissance !
En 1885, Joseph se retrouve sans "gagne-pain", on vient d'interdire les exhibitions de monstres et on ferme la boutique où il s'expose. Ne pouvant plus gagner sa vie en Grande-Bretagne, il part avec un imprésario autrichien pour le continent. Le spectacle, là-bas aussi, est interdit. Abandonné par son imprésario, Joseph se retrouve seul à Bruxelles et tente de regagner Londres. Créant une émeute qui attire la police, il n'a plus qu'une solution : leur donner la carte de visite de Frederick Treves, qui, alerté, vient le chercher.

Il installe provisoirement Joseph à l'hôpital mais doit rapidement trouver une solution à sa prise en charge permanente. L'idée d'attirer l'opinion publique sur ce cas fonctionna parfaitement et rapidement le Conseil d'administration de l'hôpital accepta cet hôte particulier en lui offrant deux pièces isolées.
Joseph reprend alors confiance, il est serein. Il parle beaucoup avec Treves même si son langage n'est pas toujours compréhensible. Sa maladie n'a en rien atteint ses facultés mentales. La lecture est son passe-temps favori. Devenu une attraction médicale, il reçoit de nombreuses visites, de la princesse Alexandra au prince de Galles ! Le tout-Londres veut voir ce "monstre" si humain !
Malheureusement, son état physique ne fait qu'empirer.

Sa maladie l'oblige à dormir assis, pour respirer convenablement. Un matin pourtant, Treves le retrouve mort... allongé. Peut-être que, pour une fois dans sa vie, Joseph avait voulu dormir "comme tout le monde".

Les mécanismes de l'Étrange, présenté par Jean-Yves Casgha